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Au début des années 1970, je reçois un jour une lettre de Luc Bérimont qui avait lu certains de mes textes dans la revue "Traces" qu'animait Michel-François Lavaur, près de Nantes. Il me disait combien ces textes l'avaient touché...
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Luc, qui avait été l'ami de René-Guy Cadou, est alors l'ardent défenseur de la chanson poétique à France-Inter puis France Culture ("La Fine Fleur de la chanson"). Il aide notamment Jacques Bertin, alors jeune chanteur. Mais c'est aussi un grand poète et romancier. Il vit au milieu des arbres de la forêt de Rambouillet, où il m'accueille chaleureusement. Je découvre un homme admirable, qui devient vite un ami, me pousse à écrire et n'aura de cesse de valoriser le jeune en écriture que je suis alors.
En 1976, lors de la parution de "Réunir Lentement" aux éditions Traces, il écrit dans sa préface : "Dirai-je de cette poésie qu'elle est moderne ? Ce serait lui faire injure dans la mesure où je la sens gréée pour l'à venir, capable de passer nos modes, de brûler dans un air moins avare en lyrisme que le nôtre."
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Vous trouverez ci-dessous des textes extraits de ce petit livre, qui s'ouvrait sur ces deux vers :
Réunir lentement nos paroles déchirées quand le soir couve sa terrible sentence
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Vivre avec rien, le peu des bruits de nos amours, les premiers signes montés des sèves
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Un jour la pierre l'écriture
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Il fait nuit déjà. J'entends le lent ruissellement de tes mains sur la laine
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Chaque matin la même intensité rive les lèvres
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Les pays d'ailleurs nous sont frères la vie les porte à notre bouche
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La journée s'est passée sans rien déplacer de l'ensemble des choses
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Profils de jeunes filles étendues sous la lampe
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Dans le mélange illimité de l'herbe du sable, les pas qui remontent du sol
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Face à nous, l'ample certitude de la mer
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La terre est nue souvent la terre appelle d'un cri lointain sur elle répandu
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Je pense à ce village simple aux chemins courbes comme l'âme
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Tu vas ta nuit durant des heures sans rêves à survoler les étendues moribondes de la terre
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Mon enfant mon amour penchés |
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Mon enfant mon amour penchés sur le premier livre des mots
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Quelque part l'homme dort
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Les heures révolues que l'unisson des braises dissémine aux parties éclatées de ma tête
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Tu soulèves la main et tout le paysage écrit une chanson d'été
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