Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

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La ville : une histoire d'amour inédite PDF Imprimer

Parmi les nombreux visiteurs de Parole & Patrimoine, rares sont ceux qui, un jour, frappent à la porte et souhaitent s'exprimer ici, quand ils ont été touchés par ce tissage de la parole et du patrimoine qu'on tente dans ces pages.

C'est le cas de Zeina El-Cheikh qui, dit-elle, a trouvé dans "Parole & Patrimoine" un petit espace pour lire et partager les pensées. "En étant architecte, le lieu pour moi est un chantier de rêves, et le patrimoine une nostalgie."

Née à Nancy, Zeina a fait ses études d'architecture en Syrie. Elle a travaillé au sein de plusieurs compagnies privées et gouvernementales en Syrie, au sein de l'Agence Allemande pour la Coopération Internationale (GIZ) et l'Institut Français du Proche Orient (IFPO) à Damas. Aujourd'hui, elle fait ses études supérieures d'urbanisme en Allemagne. Elle a étudié notamment la citadelle d'Al-Khawabi, sur la côte syrienne. Elle est membre de l'organisation Adventures in Preservation, qui contribue à sauvegarder le patrimoine architectural, en supportant des projets pilotés par les communautés sur le terrain.

Nous sommes heureux de publier ce texte qui fait écho à trois villes de l'Orient et qui creuse à sa manière ce rapport intime au patrimoine.
Rémy Prin

 

La ville : une histoire d'amour inédite

Oublions pour un instant, architectes et urbanistes, tous les termes et les expressions qui ont défini la ville : agglomération, centre, mégapole, métropole..., et pensons juste pour un instant, autrement à cet "endroit" dans lequel nous vivons. Même si la ville est un ensemble d'habitants, de superstructures, d'infrastructures et de réseaux de toutes sortes, il y a toujours quelque chose que l'on ne connait vraiment pas. Quelque chose qui ne peut être traduit en mots, mais en sens et en sentiments. Ce ne sera pas un plagiat de répéter les mots d'Antoine de Saint-Exupéry dans son Petit Prince: "on ne voit jamais qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux".

Ne croyons jamais que le meilleur à voir dans une ville, est juste ce que les publicités et municipalités veulent nous montrer. Un petit café dans un coin caché, peut vous offrir un repas inoubliable. Un quartier informel négligé peut vous donnez une idée sur l'histoire de la ville. Une petite promenade dans un cimetière vous expliquera silencieusement le niveau et qualité de vie des habitants.

La photo d'une ville gardée dans la mémoire de chacun, n'est qu'un mélange de souvenirs, d'odeurs, de goûts,... qui se produisent à l'instant d'y être et s'accumulent au cours du temps, tout en ajoutant toutes les épices et les parfums de sa culture, de ses expériences et de son caractère. Et c'est dans ces endroits, que l'on parle de nostalgie.

Et pour une rétrospective d'architecte-urbaniste, trois villes me chuchotent le cœur et la mémoire...

Damas, son effet peut vous attaquer jusqu'aux poumons avec sa pollution, sa poussière et ses narguilés. Cette ancienne capitale qui vous absorbe avec le tourbillon culturel de son histoire, ses poètes et sa vieille ville. Et à tous les amoureux, une balade dans les ruelles avec le parfum du jasmin venant des maisons damascènes et des poèmes de son grand poète Nizar Kabbani, est une balade vers le ciel, plus haut que les nuages et plus loin que les étoiles. "Damas n'est pas une réplique du paradis. C'est le paradis", ces quelques mots ne sont-ils pas suffisants pour imaginer le charme d'une ville qui a tant séduit, au long des siècles et des années ?

Istanbul, trop vaste, trop étendue. Elle ne peut être saisie ni avec les yeux ni avec les bras. Quelle que soit votre langue maternelle, ou les autres langues que vous pratiquez, c'est la langue des gestes qui est parfois la seule façon de communiquer avec ces gens si gracieux.
Et si vous êtes un jour à la place Taksim, faites attention à votre sac madame, ainsi qu'à votre cœur ! C'est ici où l'Orient et l'Occident se rencontrent, et s'entremêlent dans un tissu urbain, culturel et historique plein de charme. Marc Ayran, dans sa chanson " Istanbul", décrit brièvement la silhouette de cette ville qui ne peut être ignorée: "Istanbul, je pense souvent à tes mosquées, et à tes longs minarets qui s'élancent vers le ciel".

Beyrouth, c'est une autre histoire à raconter, à vivre et à aimer. Beyrouth la nuit, n'est pas celle du jour. C'est une femme fatale, séduisante que vous ne pourrez jamais oublier, une fois tombé amoureux de son charme.
Une promenade dans ses rues et ses quartiers, ce n'est pas un parcours banal qui peut être fait ailleurs. C'est une animation multicolore, de toutes sortes d'odeurs et d'arômes. Elle vous brusque, vous abandonne et vous soulage avec son délire et sa sérénité, tout à la fois et tout en même temps.
On m'a dit une fois : "Beyrouth est la Suisse de l'Orient". Mais je pense qu'elle est tellement unique qu'elle ne ressemble qu'à elle-même. "Beyrouth le Lis du débris, et un premier baiser", a dit le poète Mahmoud Darwish. Et les immeubles percés par la guerre civile du siècle dernier, sont un témoin que Beyrouth n'a jamais capitulé, et ne capitulera jamais, sauf à l'espoir, et à la vie....

Pourrai-je parler d'une autre ville sans y être ? Sans y avoir des souvenirs ? Sans me rendre-compte de son charme discret ? Certainement pas. Car la ville, chaque ville, est comme une histoire d'amour; difficile à raconter sans être vécue.

Zeina El-Cheikh

Voir aussi : L'architecture de la guerre