Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

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29.07.2010 14:50:57
Chronique romane St-Pierre de l'Isle
Saint Pierre de l'Isle... L'île en question, c'est un simple enclos de terre entre deux bras de la Boutonne. L'église est posée au bord d'un petit bief, près d'un ancien moulin. Le site respire merveilleusement, une amie que j'avais emmenée là m'avait dit un jour " On dirait une grange à Bon Dieu ", et c'est vrai qu'ici on mesure bien l'accord profond entre les pierres romanes et les maisons du village. C'est le même calcaire pour les pierres, les mêmes tuiles sur les toits, la même modestie au fond, le même dialogue avec les peupliers d'à côté.

Cet endroit a été donné au début du XIIe siècle à la puissante abbaye de St-Jean d'Angély, qui n'est pas loin. Et ce sont les bénédictins qui ont aménagé les lieux, et fait construire l'église actuelle.
On s'approche, si vous voulez bien. D'abord devant le portail, au bout de la petite allée d'arbres. Le décor des arcs – ce qu'on appelle des voussures – est d'une extrême finesse, il y a des fleurs de marguerite stylisées, à huit pétales, qui ne tiennent à leur support de pierre que par leurs extrémités. C'était à l'époque une vraie prouesse technique, et ça donne un effet de relief très particulier.

Mais on va s'intéresser aux images. Et d'abord, toujours au portail, au chapiteau côté nord. Pour l'art roman, le nord, c'est le côté sombre, c'est celui du mal, du diable. Et il y a un diable justement là, qui est aux prises avec un drôle d'oiseau. Il a une tête et des pattes de coq, mais un corps de serpent, avec une longue queue tout emmêlée. Ce drôle d'oiseau, au Moyen Âge, on l'appelle le basilic. On dit qu'il naît d'un œuf pondu par un vieux coq, mais couvé par un crapaud. Il faut faire très attention au basilic, il est très venimeux, il peut vous tuer d'un seul regard. C'est une sorte de mal absolu.
Et le mal est souvent au cœur des préoccupations des sculpteurs romans. Entrons dans cette église de Saint-Pierre de l'Isle. Sur le mur de la nef, toujours côté nord, il y a deux scènes qui figurent la violence, qui est aussi, bien sûr, un mal absolu. Ces scènes sont presque à hauteur d'homme, on peut les observer très facilement. Il y a d'abord une lutte entre deux hommes qui sont armés de fléaux et d'un grand bouclier. C'est la violence proprement humaine, celle qui détruit. Et tout à côté, on voit un chevalier avec son épée et son bouclier, en train de combattre un dragon à deux têtes. Et ici la lutte est bénéfique, le chevalier combat le mal symbolisé par le dragon... Comme souvent dans l'art roman, les images sont là pour nous faire réfléchir.

En lien avec les Nuits Romanes 2010 et en partenariat avec la Région Poitou-Charentes, France Bleu Poitou et France Bleu La Rochelle diffusent des chroniques romanes. Sur la demande de France Bleu, j'ai écrit et enregistré neuf de ces petites évocations. La nuit romane à St-Pierre de l'Isle a eu lieu le 7 juillet 2010.


Mots clés: poitou-charentes | art roman


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