Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

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29.07.2010 14:59:49
Chronique romane Angoulême
Tout au bord sud de l'ancienne cité d'Angoulême, près des remparts, il y eut une première cathédrale au IVe siècle. Puis une autre, au VIe siècle. Et encore une autre, consacrée elle au début du XIe. Celle qu'on voit aujourd'hui, construite dans le premier tiers du XIIe siècle, est l'œuvre d'un homme exceptionnel, Girard II, évêque d'Angoulême.


Girard est né à Blay, un petit village près de Bayeux en Normandie, dans les années 1060. Il est d'origine modeste, mais fait des études brillantes à Paris. Le voilà précepteur dans la famille des comtes de Périgord, puis chanoine à la cathédrale de Périgueux, avant d'être élu évêque d'Angoulême, en 1101.
On dit de lui qu'il connait aussi bien les hommes que les livres, qu'il sait conduire les affaires, négocier avec finesse... En 1107, le pape Pascal II, étonné de ses qualités, le nomme légat pour l'Aquitaine, un territoire qui s'étend alors de la Loire aux Pyrénées.

 

La cathédrale n'a que cent ans, elle est solide, mais trop petite pour la foule qui maintenant se presse dans ce nouveau pôle de la chrétienté qu'est désormais Angoulême. Girard veut une grande cathédrale, dans l'esprit du temps, qui témoigne du renouveau de l'Église et de la papauté qu'il met en œuvre au jour le jour. Grand voyageur, il ramène de Toulouse des sculpteurs qui travaillaient là-bas au chantier de la grande basilique Saint-Sernin.
La façade de la cathédrale sera somptueuse, de bas en haut on va y figurer le monde terrestre s'élevant à travers l'église et les apôtres vers le Dieu de vie, celui qui par son ascension va vers le ciel, et celui qui reviendra à la fin des Temps.


Les imagiers ramenés du Languedoc font merveille : l'immense façade mêle avec bonheur des frises et des motifs exubérants qui décorent de grandes arcades, et des " grandes figures " représentant la Vierge et tous les apôtres, mais aussi des anges en nombre, et le Christ, tout en haut, dans sa gloire.
Et ces grandes figures sont à l'époque une vraie révolution artistique, une nouvelle vision du monde que l'homme se donne à lui-même. Est-ce parce que l'Église cherche à mieux établir son pouvoir, à mieux " communiquer " dirait-on aujourd'hui ? On affine les corps et les visages, les vêtements deviennent fluides, les gestes emplissent l'espace. C'est comme une nouvelle présence de la vie que célèbre la façade romane d'Angoulême.


En lien avec les Nuits Romanes 2010 et en partenariat avec la Région Poitou-Charentes, France Bleu Poitou et France Bleu La Rochelle diffusent des chroniques romanes. Sur la demande de France Bleu, j'ai écrit et enregistré neuf de ces petites évocations. La nuit romane à Angoulême a eu lieu le 16 juillet 2010.




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