Les pierres qui sont là, on sait parfois peu de choses d'elles, quelques bribes dans les textes anciens, si peu de choses ça ne fait pas une histoire. Alors les pierres on vient les voir pour la beauté, ou pour comprendre...
Sonnac, c'est un village de ce qu'on nomme ici le Pays Bas, terres autrefois de marécages, traversées de petites rivières comme l'Antenne ou la Soloire. Depuis Matha, on a passé des vignes, on a repéré de loin le clocher, octogonal. On arrive dans le petit bourg, à la croisée des rues tranquilles.
L'impression première, c'est la puissance du bâtiment, sa prégnance lourde. Il est massif, ramassé, comme engoncé au sein des maisons qui l'entourent. Peu d'espace autour, ce qui accentue l'impression de grandeur, d'ampleur de ces pierres. On détaille un peu, on voit ces immenses contreforts, cette silhouette trapue, solide, une église comme murée sur elle-même, indifférente à son voisinage.
On veut comprendre, on cherche dans les livres. Que sait-on de ce lieu ? Qu'il fut donné à la fin du XIe siècle à l'abbaye de Saint-Jean d'Angély, qu'il fut ruiné pendant la Guerre de Cent Ans, qu'il y avait là un monastère de femmes, lui aussi détruit au XVIe siècle, par les Huguenots. Si peu de choses, au fond. Les pierres disent la violence des hommes, et cette volonté, malgré tout, de toujours reconstruire.
Quand on arrive, c'est le chevet plat que l'on voit, avec au-dessus le toit surhaussé et une toute petite ouverture. C'était une chambre refuge, où les gens du village et des hameaux alentour, venaient se protéger des dangers de la guerre. Le chevet, on y voit une grande baie flamboyante, au remplage de pierre ouvragé. On comprend que le bâtiment a été remanié de nombreuses fois sans doute, qu'il a duré dans l'adversité, que les épreuves l'ont à la fois renfermé sur lui-même et rendu hétéroclite.
On avance vers la façade qui elle, est romane, simple et sobre. Juste quelques sculptures, ce qui reste du bonheur de la création initiale, avant tous les conflits. On s'approche des chapiteaux du portail, ils sont presque dissous par la grande rumeur des siècles. On devine deux hommes qui luttent, un personnage aux prises avec des serpents, des dragons peut-être, mais la pierre s'effiloche, l'image devient floue comme la mémoire. On est là, avec son regard désemparé. On va repartir, avec au cœur ce gris des pierres dures, lisses, qui est comme une image de la peur.
En lien avec les Nuits Romanes 2010 et en partenariat avec la Région Poitou-Charentes, France Bleu Poitou et France Bleu La Rochelle diffusent des chroniques romanes. Sur la demande de France Bleu, j'ai écrit et enregistré neuf de ces petites évocations. La nuit romane à Sonnac a eu lieu le 29 juillet 2010.
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