Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

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Il reste encore, sur la façade, des bribes de lumière qui la nimbe, qui font comme une invite aux regards de ceux qui s'assemblent là. C'est sur le parvis, c'est le moment des corps qui se retrouvent, des gestes modestes d'humanité - ceux qui parlent entre eux, ceux qui attendent, ceux qui détaillent encore l'élan des images romanes.

On entre bientôt, dans cette nef et la pénombre comme toujours prend le corps, les murmures peuplent l'espace, les murmures préparent au silence. On est nombreux, on rend l'espace dense, il y a des lueurs aux chapiteaux là-haut, aux fresques plus loin, plus indécises qui ferment la voûte.

Et c'est l'accueil d'abord, un homme qui parle pour sa ville, qui dit l'importance de ces pierres romanes et d'être là, ce soir, dans l'émotion commune. Puis une femme, elle a des transparences dans la voix, elle dit ce qu'est la nuit romane, la rencontre et la musique dans l'été des territoires, au gré des voûtes et des architectures, cela qui fait culture, nourriture entre nous. Et puis un homme encore, lui parle de l'histoire, de ces bâtisseurs innombrables, qui faisaient front contre la violence, il dit la vie aujourd'hui, à trouver dans ce partage entre nous, des pierres.

Vient la musique, et le chant. Des hommes, une femme, le souffle sublime en eux d'humanité, qu'ils portent dans l'espace, et l'espace s'emplit, et les corps boivent à cette plénitude. Ils vont sous la nef, ils puisent en eux, très loin, la femme est seule parfois, lumineuse, corps à la mélodie tellement mêlé... Sait-on jamais ce qu'est le chant, les voix humaines qui résonnent depuis des siècles, qui font toucher l'intensité de ce qui nous rassemble, cette union pacifiée de nous-mêmes et des pierres. Comme si le lieu, nef et voûtes, respiration de l'espace, dressait soudain l'abri pour l'essentiel, comme si dans le voyage des douleurs et des désastres, des insignifiances, des absurdités, au soir il y avait parfois cette tente précaire où l'on se retrouvait, nourriture entre nous, culture, quand le chant nous portait près de l'extase.

Et ce serait ainsi tout l'été dans les villages modestes et les villes plus vastes, une nuit après l'autre en ces temps incertains, les femmes et les hommes y viendraient, pour la découverte parfois, ou pour la quête profonde, dans ces murs millénaires, pour chercher ce qui nous tient ensemble, ce qui nous fonde.

 

A Notre-Dame la Grande, à Poitiers, la Région Poitou-Charentes présentait ce vendredi 19 juin, le festival Nuits Romanes de l'été 2009, qui irrigue d'une lumière particulière son admirable patrimoine roman. Au cours de cette soirée, outre les musiciens baroques du " Festin d'Alexandre ", on entendit sous les voûtes, les voix " grégoriennes " de l'ensemble Absalon.