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© 2003 Parole & Patrimoine
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dans les territoires
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Moissac
Mozac
Conques
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Fondée à la fin du VIIe siècle, l’abbaye de Mozac, en Auvergne près
de Riom, fut autrefois une grande abbaye.
Vers le milieu du XVe siècle, suite
à des tremblements de terre, le chevet, le transept et les parties hautes de
la nef furent détruits. Pour autant, Mozac est un lieu encore envoûtant, par
les chapiteaux de la nef d’abord, dont le style poétique et presque naïf
mêle avec un bonheur intense l’univers végétal et animal. Par les
chapiteaux de l’ancien chœur surtout : trois ont été retrouvés et
disposés à hauteur d’homme.
C’est une sensation particulière d’approcher
ces pierres si admirablement sculptées : les Femmes au tombeau du chapiteau
de la Résurrection comptent parmi les plus beaux visages romans, au plus
extrême de la joie et de la douleur.
Dans le chœur est placé le chapiteau
retrouvé en 1983 : quatre anges tiennent quatre figures humaines, symboles
des vents. Là aussi, le murmure apaisé des courbes renvoie, de regard en
regard, au mouvement, comme une insondable quête de sens.
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«J’ai vu quatre anges aux quatre coins de la terre. Ils tenaient
les quatre vents de la terre pour que ne souffle pas de vent sur la terre
ni sur la mer ni sur aucun arbre.»
Apocalypse de Jean, 7, 1
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C’est un midi d’été et de chaleur opaque, et c’est après une
longue errance dans la ville, on avance à pas lents dans une église
désarticulée.
Ici, la terre en colère a détruit en tremblant l’œuvre
des hommes.
Les pierres romanes étreignent le cœur ici peut-être plus qu’ailleurs,
pas un instant le regard ne va jusqu'à son terme, de la nef entr’ouverte à
ce sentiment de chaos que la fraîcheur retrouvée n’apaise pas.
Il faut
marcher longtemps dans ce lieu, admettre l’incohérence, apprivoiser ces
chapiteaux immenses à même le sol, faire un deuil de cette merveille d’architecture
pressentie. Gagner en soi l’humble parcours intérieur...
Alors seulement,
dans le chœur, on fera dialogue avec ces vents de l’Apocalypse bâillonnés
par les anges. Tout autour, la même scène, différente et recommencée, les
visages des hommes, les visages de vent, l’étrange lien des figures : on n’ose
toucher ces pierres dont les battements de lumière multiplient la profondeur
à l’infini.
Revient cette parole dans la mémoire « C’étaient de très
grands vents sur la terre des hommes... » Tous les souffles sont apaisés
dans ce midi d’été, et pourtant les courbes des anges dansent, recueillant
dans leurs mains l’ultime soupir. L’air ou la parole, à peine évoqués
dans la pierre, traversent de tout temps tous les corps et portent au loin...
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