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Moissac Mozac Conques

Mozac
 

 

Fondée à la fin du VIIe siècle, l’abbaye de Mozac, en Auvergne près de Riom, fut autrefois une grande abbaye. 

Vers le milieu du XVe siècle, suite à des tremblements de terre, le chevet, le transept et les parties hautes de la nef furent détruits. Pour autant, Mozac est un lieu encore envoûtant, par les chapiteaux de la nef d’abord, dont le style poétique et presque naïf mêle avec un bonheur intense l’univers végétal et animal. Par les chapiteaux de l’ancien chœur surtout : trois ont été retrouvés et disposés à hauteur d’homme. 

C’est une sensation particulière d’approcher ces pierres si admirablement sculptées : les Femmes au tombeau du chapiteau de la Résurrection comptent parmi les plus beaux visages romans, au plus extrême de la joie et de la douleur. 

Dans le chœur est placé le chapiteau retrouvé en 1983 : quatre anges tiennent quatre figures humaines, symboles des vents. Là aussi, le murmure apaisé des courbes renvoie, de regard en regard, au mouvement, comme une insondable quête de sens.

 

«J’ai vu quatre anges aux quatre coins de la terre. Ils tenaient les quatre vents de la terre pour que ne souffle pas de vent sur la terre ni sur la mer ni sur aucun arbre.»

Apocalypse de Jean, 7, 1


C’est un midi d’été et de chaleur opaque, et c’est après une longue errance dans la ville, on avance à pas lents dans une église désarticulée. 
Ici, la terre en colère a détruit en tremblant l’œuvre des hommes. 
Les pierres romanes étreignent le cœur ici peut-être plus qu’ailleurs, pas un instant le regard ne va jusqu'à son terme, de la nef entr’ouverte à ce sentiment de chaos que la fraîcheur retrouvée n’apaise pas.

Il faut marcher longtemps dans ce lieu, admettre l’incohérence, apprivoiser ces chapiteaux immenses à même le sol, faire un deuil de cette merveille d’architecture pressentie. Gagner en soi l’humble parcours intérieur... 

Alors seulement, dans le chœur, on fera dialogue avec ces vents de l’Apocalypse bâillonnés par les anges. Tout autour, la même scène, différente et recommencée, les visages des hommes, les visages de vent, l’étrange lien des figures : on n’ose toucher ces pierres dont les battements de lumière multiplient la profondeur à l’infini.

Revient cette parole dans la mémoire « C’étaient de très grands vents sur la terre des hommes... » Tous les souffles sont apaisés dans ce midi d’été, et pourtant les courbes des anges dansent, recueillant dans leurs mains l’ultime soupir. L’air ou la parole, à peine évoqués dans la pierre, traversent de tout temps tous les corps et portent au loin...



Moissac Mozac Conques

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