Pourquoi l’art roman ? Ne pas donner de
définition, mais tenter de restituer une impression, une mise en présence.
La force et l’attrait de ce souffle de pierre tient d’abord dans son
expression symbolique. Le symbole est ce qui unit ou plus exactement ce qui
permet de faire chemin ensemble. L’homme et Dieu. La pierre et le vide. La
lumière et l’obscurité. La main de l’artisan a su tracer ce chemin
initiatique qui conjugue les tensions et conjure les peurs, qui tend comme un
arc entre hier et aujourd’hui, entre le passé prestigieux de l’ancienne
Rome et l’espérance eschatologique d’Israël, entre la créature et le
Créateur. N’est-il pas surprenant que tout homme, quelles que soient ses
convictions religieuses ou philosophiques, se sente d’emblée chez lui dans
la lumière romane ? Par delà les siècles, il lui est donné de
communier à une renaissance spirituelle et culturelle qui privilégia la
responsabilité et l’inventivité de l’homme. Ainsi la prolifération des
figurations monstrueuses aux voussures et aux chapiteaux d’églises atteste
la maîtrise de l’artisan qui fige dans la pierre ce qui jusque là
demeurait dans l’indicible et l’innommable, et libère alors la pensée de
l’homme. Consentir à l’art roman, c’est accéder à une certaine idée
de l’homme, d’un homme en solidarité profonde avec le cosmos mais aussi
en perpétuelle émergence de son animalité et comme déjà sauvé par la
Beauté.
Pascal Delage, juin 1997