Jacques Bertin
" la voix qui porte l'aube dans la nuit du monde "

 

Les mots d'abord, la parole d'un homme, de celle qui brasse la douleur de vivre et les amours, qui parcourt sans fin les territoires de l'enfance comme un terreau pour l'amitié des hommes, pour la fidélité en l'être humain. Les mots qui cherchent derrière eux la lumière des visages, malgré toutes les douleurs du monde.


Et puis la musique, ou bien plutôt le souffle. Jacques Bertin ne met pas en musique ses textes, il gonfle d'un vent porteur cela qui parle de solitude, de la mort, de la vie malgré tous nos désastres.
Enfin la voix, sur scène cet " homme qui chante ", comme il se nomme lui-même, porte au bout de la ferveur le coeur et le corps dans l'évidence des mots. C'est quelque part comme l'âme du monde, à travers soi l'allégresse, des pages d'éternité qui vous touchent de la main. " La chanson, dit-il, c'est la vibration, non seulement des cordes vocales, mais de l'être humain. La chanson, c'est ce qui nous envoie au plus profond de nous-mêmes. "

 

Plus de vingt albums, des livres de poèmes, deux Prix du disque de l'Académie Charles-Cros, une biographie remarquable de Félix Leclerc, un livre " Chante toujours, tu m'intéresses ! " que le monde du show-business ne lui a jamais pardonné, des spectacles en France et ailleurs où toujours un public de fidèles accourt... depuis plus de quarante ans, Jacques Bertin, dans l'ombre et la résistance, porte haut l'honneur de la chanson, de la langue, de la culture.


Reconnu au début des années 70 comme " le fils naturel de Brel et de Ferré ", il a depuis dû créer lui-même sa société de production pour continuer de faire entendre sa voix dans le désert culturel qu'est devenu en France la chanson. Bertrand Dicale écrit à son propos, dans Le Figaro, que " sa langue est une des plus belles qui soit, réglée comme au Grand Siècle et libre comme un orage sur les joncs [..] il tisse toujours une poésie aux images hautes et dignes, aux couleurs franches et rares " .

En octobre 2005, à la Médiathèque de Nantes, Jacques présentait une conférence intitulée " L'espoir perdu... ", dont voici un extrait : " Nous ne croyons pas que se battre pour nos valeurs soit digne. Ni qu'il soit important de nous mobiliser pour les valeurs de notre civilisation. Les valeurs de l'esprit, ou la démocratie, ou l'homme. Pourquoi faire ? Nous ne pensons pas qu'il y ait du danger. Nous ne sommes pas prêts à donner notre vie pour ça. Ni pour rien d'autre. Sauf certains, peut-être, pour le plaisir d'une overdose ou d'un exploit en moto ou en parapente. Nous ne croyons pas que le militantisme puisse réussir. Que l'homme puisse s'améliorer... Il faut vivre pleinement, mais sans donner sa vie. "

 

(En 2006, à l'occasion d'un récital de Jacques Bertin en ces terres de Saintonge, j'avais écrit ce texte, que je reproduis ici comme un signe, entre l'hommage et l'amitié)

 

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