Fragile

L’âge comme un ressac
au pied de la falaise, qui traverse le corps

et l’on ne sait qu’à peine
à la fin de l’été, quand les jours se referment,
ce qui nous fissure, nous abîme,
comment le temps nous tient,
comment la vie s’en va, par petites gorgées,
boire ailleurs les couleurs, les pays,
les sourires même.

On ne sait pas
ce qui nous a été donné,
cette force de voir, cette soif
de tracer dans le paysage
les courbes ou les mots
pour le rendre plus grand s’il se peut,
plus transparent de toutes les vies
dans la lumière,
on ne sait pas, on va
d’un pas mal assuré sur les terres du monde.

Et ce en quoi on demeure dans le monde,
l’amour qui transfigure,
l’amitié, la permanence des saisons,
là où l’on habite au plus épais de nous,
s’écrit encore, et les mots de cette musique
dansent, ils vont de l’un à l’autre certainement,
dans le plus précaire dénuement.

J’entends ce mot, fragile,
je vois la vie qui dure dans les corps,
ton sourire à jamais inscrit sur tous les paysages,
ce mot, fragile, et tous les efforts depuis tant de temps
pour le rendre habitable, fragile,
et toutes les détresses dépassées,
malgré tout ce qui blesse et corrode l’instant,
malgré ce qui va nous engloutir,
on ne sait pas, on va,
les chemins sont devenus plus indécis, incertains,
la peur s’est répandue
je suis si près de toi dans les tourmentes vaines.

Si près de toi, et la présence infinie,
comme autrefois dans le mystère des images,
ce qui tremblait derrière elles,
comme à l’orée de ton visage,
cet improbable vécu, à peine un signe,
dans le matin, au soleil des enfances.

Écriture le 05/11/25

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