Il n'y a jamais...
Poème (Rémy Prin)
Détail d'un sarong, ikat chaîne
Sikka, Flores, Indonésie
Tissu de flammé, ikat trame
Charentes, France
Visage
San Juan de la Pena (Aragon, Espagne)
Nous tentons...
Poème (Rémy Prin)
Panneau de soie, ikat chaîne
Boukhara, Ouzbékistan
Détail d'un khatchkar
Gochavank (Arménie)
Voussure du portail
Foussais
Saintongeoise
Détail de la coiffe
Bestiaire au portail sud
Aulnay
Coiffe de deuil
Mazières sur Béronne
Fresques de l'abside
Kobayr (Arménie)
Détail d'une robe, ikat chaîne
Urgut, Ouzbékistan
Motif à l'araignée, ikat trame
Okinawa, Japon
Carré du marais
St-Hilaire la Palud
Hinggi kombu, l'arbre à crânes, ikat chaîne
Kaliuda, Sumba, Indonésie
Les églises du monastère
Noravank d'Amaghou (Arménie)
Pua kumbu, ikat chaîne
Iban, Sarawak, Malaisie

Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

Chemins du vivant

Fragments d'un monde inquiet

Comme tous les ans que la mémoire ne compte plus
nous avons récolté les raisins

- cette année peu mûris au soleil peu ardent de l’été -
c’est l’automne, le temps de la mesure du temps qui passe.

Ici, tout en dedans de nous,
c’est le bonheur des marches quotidiennes
dans l’infinie douceur des collines
dont on connaît toutes les vues
toutes les histoires
depuis si longtemps que danse le temps.
Le bonheur ne s’explique pas
il se tisse, jour après jour comme le temps
dans la douceur infinie de nos regards
portés vers l’ailleurs, là-bas, au-delà des collines
en cet invisible point de notre finitude
- que savons-nous du temps vraiment ?
De ce qui passe ? De ce qui reste ?
Nous nous accrochons à l’éternité,
dans l’infinité de la nature qui s’en va vers l’hiver.

Au loin dans le monde,
c’est toujours l’hiver des guerres
des luttes sans répit
de cette couverture sombre qui lentement
vient sur l’univers
recouvre l’humanité
finit par éteindre même
toutes les joies des enfants.
Nous voguons au bord de l’abîme
sans bien regarder ce qui vient
nous ne connaissons pas les monstres
qui nous assaillent.
On voudrait tant toucher la lumière,
la voir se répandre au-delà de nous-mêmes,
mais nous savons si peu du bonheur,
si peu de ce qui mène les humains,
si peu du savoir même.

Écriture 24/09/24

C’est un enfant assis sur le seuil
qui rêve aux nuages qui passent

ils font la lumière et l’ombre
sur les arbres et le chemin, au-devant,
ils s’effilochent et jouent d’eux-mêmes
dans le ciel, l’enfant reste assis,
les yeux parfois fermés,
il dessine en lui les courbes des nuages
qui s’emmêlent et qui passent,
il voudrait tant les retenir
pour savoir ce que c’est au fond, un nuage.

Et ce sera pareil plus tard
pour les visages auprès de lui
qui passent aussi, qui changent,
qui disent bien plus que leurs pliures et leurs sourires,
il voudrait tant qu’ils viennent en lui,
qu’ils ne le laissent pas seul
devant la beauté et la terreur du monde.

Plus tard encore, il sait bien qu’il ne sait pas
ni la beauté ni la terreur,
que c’est toujours comme les nuages,
évanescents, merveilleux et sombres,
porteurs des espoirs, des regrets,
des désirs qu’on n’atteindra jamais.

Il continue, il atteint l’âge des peurs
et des plus grandes ignorances encore
devant la fin du voyage, il regarde
toutes les tendresses près de lui,
l’épaisseur des fruits du jardin,
tout ce qui protège,
les nuages passent encore
attisés par le vent, ils marquent le ciel
de leur effervescence vite en allée,
quand c’est le soir qui fait place nette dans le ciel,
laissant à la nuit du monde son absence,
comme si rien jamais ne s’était écrit
sur les pages des vies.

Écriture 21/04/24