On ne sait pas les mots

On ne sait pas les mots,
ils émergent du corps,
survivants du silence,

les mots tentent de vivre
comme nous tous, d’accéder à la musique du monde,
de croire en l’histoire de la vie,
eux qui ne cherchent qu’à révéler un peu plus
les mystères des âmes, des jours,
en ces temps où l’on ne croit plus guère
ni aux âmes, ni aux traces lumineuses des jours.

On ne sait pas, les mots viennent
ils voudraient modestement dire
le scintillement amoureux
qui fonde toutes les aventures,
ce que l’on porte en soi longtemps
sans trop savoir cette exception
à l’intérieur des vies.

Il faudrait faire attention aux mots
comme aux vents des saisons qui modèlent le monde,
car le monde que les mots atteignent à peine,
qui écrivent sur lui cette si fine trace,
s’en souvient à jamais comme le vent des jours.

Les mots, c’est l’impalpable,
ce qui nous peuple venant d’autrui,
ce que nous répandons dans l’air,
sur les chairs, sur tous les corps qui nous habitent,
pour tendre entre nous des relations
un peu plus douces, un peu plus denses
de cet amour échappé des blessures
qui continue malgré tout de vivre.

Les mots, on ne sait pas,
l’origine de leur musique,
ce dont ils sont capables
dans le chaos des univers,
les mots, malgré tout,
qu’on tisse encore
d’un visage à l’autre,
qui nous enlèvent un peu
du poids du temps,
qui nous soulèvent un peu
hors de l’irrémédiable.

Écriture le 29/07/25

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