Chemins du vivant

Fragments d'un monde inquiet

Les traces vite effacées sur le sable
ou sur la terre où nous marchons,

ce qu’on échange, ce qu’on écrit,
à peine perceptible quand la saison
couvre le temps, laisse la place
à la suivante.

Les traces de soi dans le monde
font une ronde,
elles dessinent ce qu’on n’achève jamais,
elles émanent à peine de nous,
elles restent en bribes souvent
entre la fulgurance et la douleur.

Sait-on même
si elles peuvent nourrir un peu,
étancher quelques soifs,
fournir un peu de la lumière
du savoir ou du bonheur ?

Il y a,
quand on tisse près de soi
un peu de la clarté des jours,
toute la profondeur
du temps des vies,
ce chant fertile
dont on ne sait pas la fin.

Il y a la ronde du temps,
et le regard embué des enfants
qu’on retrouve sans se lasser,
eux qui du moindre geste
tressent l’éternité.

Les traces, et notre souffle,
qui ajoutent à l’air et à la terre
ce peu de cohérence,
ce peu d’amour
ensemencés malgré tout de l’espoir.

Écriture le 14/09/25

Les mots ne changent rien
ils font comme une mousse
qui scintille aux yeux des hommes sur le monde,

les mots s’étalent, peuplent l’espace,
disent parfois
ce qu’on croit être la vérité,
les mots courent le monde,
nous assaillent, ils roulent dans nos têtes
ils contaminent nos désirs,
on croit écouter des histoires
et c’est seulement la rumeur incertaine du temps.

Les paroles sur le monde
se sont asséchées,
leur multitude les dissout
les ronge, il ne reste d’elles
qu’un bruit épars
qui ne signe même plus des retrouvailles.

Les mots multipliés laissent la terre exsangue,
ils bourdonnent,
nous enferment en nous-mêmes,
eux dont on croyait jadis
qu’ils nous conduisaient quelque part,
eux qui semblaient dévoiler
à tâtons, un autre pan du monde.

Les mots ne changent rien,
on voit venir l’horreur
très lentement
comme une mousse qui couvre le réel,
chacun produit ce peu de voile
ce peu d’insignifiance
qui fait pour tous ensemble
une désespérance.

Les mots ne mènent plus le monde
n’alertent plus personne,
ils saturent l’espace, on a beau dire
rien n’émerge de ce magma désormais
les mots ne nous accompagnent
que vers la solitude.

Écriture le 15/08/25

On ne sait pas les mots,
ils émergent du corps,
survivants du silence,

les mots tentent de vivre
comme nous tous, d’accéder à la musique du monde,
de croire en l’histoire de la vie,
eux qui ne cherchent qu’à révéler un peu plus
les mystères des âmes, des jours,
en ces temps où l’on ne croit plus guère
ni aux âmes, ni aux traces lumineuses des jours.

On ne sait pas, les mots viennent
ils voudraient modestement dire
le scintillement amoureux
qui fonde toutes les aventures,
ce que l’on porte en soi longtemps
sans trop savoir cette exception
à l’intérieur des vies.

Il faudrait faire attention aux mots
comme aux vents des saisons qui modèlent le monde,
car le monde que les mots atteignent à peine,
qui écrivent sur lui cette si fine trace,
s’en souvient à jamais comme le vent des jours.

Les mots, c’est l’impalpable,
ce qui nous peuple venant d’autrui,
ce que nous répandons dans l’air,
sur les chairs, sur tous les corps qui nous habitent,
pour tendre entre nous des relations
un peu plus douces, un peu plus denses
de cet amour échappé des blessures
qui continue malgré tout de vivre.

Les mots, on ne sait pas,
l’origine de leur musique,
ce dont ils sont capables
dans le chaos des univers,
les mots, malgré tout,
qu’on tisse encore
d’un visage à l’autre,
qui nous enlèvent un peu
du poids du temps,
qui nous soulèvent un peu
hors de l’irrémédiable.

Écriture le 29/07/25