Bestiaire au portail sud
Aulnay
Pua kumbu, ikat chaîne
Iban, Sarawak, Malaisie
Visage
San Juan de la Pena (Aragon, Espagne)
Coiffe de deuil
Mazières sur Béronne
Les églises du monastère
Noravank d'Amaghou (Arménie)
Motif à l'araignée, ikat trame
Okinawa, Japon
Hinggi kombu, l'arbre à crânes, ikat chaîne
Kaliuda, Sumba, Indonésie
Voussure du portail
Foussais
Panneau de soie, ikat chaîne
Boukhara, Ouzbékistan
Il n'y a jamais...
Poème (Rémy Prin)
Fresques de l'abside
Kobayr (Arménie)
Nous tentons...
Poème (Rémy Prin)
Détail d'une robe, ikat chaîne
Urgut, Ouzbékistan
Détail d'un sarong, ikat chaîne
Sikka, Flores, Indonésie
Tissu de flammé, ikat trame
Charentes, France
Détail d'un khatchkar
Gochavank (Arménie)
Saintongeoise
Détail de la coiffe
Carré du marais
St-Hilaire la Palud

Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

À la mode, l'art de paraître au 18e siècle

Vous entrez. C’est comme dans un ailleurs, un lieu qui tient du sacré qu’on aurait construit, mis en scène, pour que ce qu’on y voit vous touche et vous fasse comprendre.

Une exposition est bien davantage que ce qu’elle montre. Elle témoigne d’une période – ici le XVIIIe siècle, mais aussi d’un regard d’aujourd’hui porté sur elle – ici, comment la peinture et le textile ont dialogué dans cet univers de la mode qui se développe. Vous entrez, l’espace est vaste, et nombreux les objets1 sous le regard.

Des portraits d’abord, des femmes et hommes parmi l’élite de ces gens des Lumières, qu’on a l’habitude de voir comme des images – corps, visage, en situation dans l’espace intérieur. Les peintres de ce temps – François Boucher, Antoine Watteau, Élisabeth Vigée-Lebrun et bien d’autres moins connus – maîtrisent suffisamment les modèles de la représentation pour que vous goûtiez comme naturellement ces images. Vous regardez ces peintures comme en pays connu, quand vous revenez voir des paysages déjà traversés, avec l’enchantement de la mémoire, et cette sensation de voir de près la “ vraie ” image : ainsi La marchande de modes de Boucher, ou le portrait de la duchesse de Polignac de Vigée-Lebrun.


Mais ce regard, très tôt, est mis en doute, comme désarçonné, par d’autres œuvres sous vitrines, comme s’il avait fallu les protéger plus que les premières : les robes, à la française, à l’anglaise…, les habits, à la française encore, les gilets, les robes de chambre… qui parsèment tout l’espace, autant que les peintures. Doute, parce que, même sans y porter une attention technique, la sophistication des tissus et des costumes, leurs couleurs, leurs motifs, imposent à l’œil une vivacité qui fait d’eux, non seulement les sources des tableaux qui les voisinent, mais qui les établit comme originaux, au fondement de la vision.


On se prend alors – et c’est le but certainement de ce parcours – à naviguer des vêtements aux peintures dans un sens et dans l’autre, à discerner les prouesses des brochés de soie et celles des drapés en lumière des tissus peints, à situer les motifs dans l’univers discontinu du textile et dans celui fluide de la peinture. De ces mises en rapport, le regard ne se lasse pas. Il s’enrichit même ensuite, quand vous comprenez les rôles qui se répondent et les dialogues des peintres et des gens de la mode, en cette époque du XVIIIe siècle, qui voit le désir de plaire et de paraître s’exacerber, au point bientôt de déstabiliser la société entière.


Le parcours de l’exposition est organisé en quatre parties : Phénomènes de modes, Les peintres et la fabrique de la mode, Fantaisies d’artistes, et Pour une histoire du négligé-déshabillé. Chaque partie traite elle-même de plusieurs thèmes, par exemple pour la première : Au miroir des apparences : mode et portrait, Tableaux et figures de modes, Peindre et séduire : taffetas et satins, La marchande de modes, création d’une icône. Par petites touches, au-delà des œuvres elles-mêmes, vous pénétrez dans l’univers du XVIIIe : Diderot qui regrette sa vieille robe de chambre, la reine Marie Leszczynka qui insiste pour être peinte en habit de ville, Mlle Bertin, marchande de modes, l’ancienne fileuse en Picardie, qui impose ses vues à Marie-Antoinette, autre reine…


Le catalogue, très richement illustré, reprend la structure de l’exposition, sous la forme d’articles ciblés et assez courts. Citons juste quelques exemples : peinture et teinture avec l’émergence des coloristes, la folie des gilets et l’implication des dessinateurs, et le focus sur Antoine Raspal, peintre en Provence de l’atelier de couture tenu par ses deux sœurs et qui donne ainsi à voir autrement les costumes en région.


Il faut savoir gré à celles et ceux qui ont créé cette exposition d’avoir eu le courage de ce dialogue entre objets, entre disciplines, on pourrait presque dire entre langages. Les deux versants – peinture et textile – en sortent chacun agrandi, dévoilé mieux par la proximité de l’autre.

1 Plus de 200.

Visite exposition 02/12/21 Écriture 05/12/2021


À la mode, l’art de paraître au 18e siècle


• Musée d’Arts de Nantes, du 26/11/2021 au 06/06/2022
• ensuite au Musée des Beaux-Arts de Dijon, du 13/05/2022 au 22/08/2022
• en partenariat avec le Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris


Catalogue : 328 pages, 35 €, éditions Snoeck


Commissariat général : Sophie Lévy, directrice du Musée d’Arts de Nantes


Commissariat scientifique :


• Adeline Collange-Perugi, conservatrice, Musée d’Arts de Nantes
• Pascale Gorguet Ballesteros, conservatrice en chef, Palais Galliera
• Sandrine Champion-Balan, conservatrice en chef, Musée des Beaux-Arts de Dijon


En savoir plus… sur le site web de Nantes Métropole

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