Détail d'un sarong, ikat chaîne
Sikka, Flores, Indonésie
Bestiaire au portail sud
Aulnay
Détail d'une robe, ikat chaîne
Urgut, Ouzbékistan
Il n'y a jamais...
Poème (Rémy Prin)
Voussure du portail
Foussais
Visage
San Juan de la Pena (Aragon, Espagne)
Panneau de soie, ikat chaîne
Boukhara, Ouzbékistan
Fresques de l'abside
Kobayr (Arménie)
Nous tentons...
Poème (Rémy Prin)
Motif à l'araignée, ikat trame
Okinawa, Japon
Tissu de flammé, ikat trame
Charentes, France
Les églises du monastère
Noravank d'Amaghou (Arménie)
Pua kumbu, ikat chaîne
Iban, Sarawak, Malaisie
Carré du marais
St-Hilaire la Palud
Saintongeoise
Détail de la coiffe
Détail d'un khatchkar
Gochavank (Arménie)
Hinggi kombu, l'arbre à crânes, ikat chaîne
Kaliuda, Sumba, Indonésie
Coiffe de deuil
Mazières sur Béronne

Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

Second village, Charlotte G.

C'est presque tous les jours, elle vient dans son jardin,
elle vient comprendre la terre un peu mieux,
la travailler saison après saison, sans relâche, pour faire le berceau de la vie qui pousse.

Je vois sa silhouette l'été, son chapeau de paille qui protège,
elle arrête son effort parfois, lève son regard vers le Pré Patin et plus loin vers le Sud,
elle boit à ce paysage de collines douces qui fait cortège à sa vie,
l'échancrure du ciel, c'est comme l'éternité dans les yeux.


Quand elle retourne à la maison,
elle s'arrête, elle dit, avec une extrême douceur en elle :
“ Oh ! Vous avez de jolies fleurs... ”
ou bien :
“ Raymond peut vous emmener demain chercher le bois à Champgrelet ”.
On échange les fruits des jardins, les légumes.
On tisse le bonheur de vivre côte à côte dans la quiétude d'un village.
Parfois c'est comme si elle prenait sur elle toutes les douleurs :
“ Vous avez vu la tempête là-bas, tous ces gens sans abri ? ”
Que peut la quiétude du village, face à la folle rumeur du monde ?

Quand nous partons en voyage, elle est l'ange qui veille sur la terre : “ Ne vous en faites pas, je viendrai arroser, je suis tout à côté ”.
Et son sourire, et la douceur de sa voix disent la grandeur des partages, d'une maison à l'autre.
Ceux qui vivent à même la terre, dans la modestie des villages précaires désormais,
savent cela, qui fait tenir face à la folie du monde.

C'est plus tard dans sa vie, Raymond s'en est allé.
Elle est seule devant la cheminée de l'hiver, assise à lire,
cherchant dans l'arrière-pays des mots ce qui nous aide à vivre.
“ Entrez donc, dit-elle ”, elle nous fait une place.
On parle des plantes dans la véranda qu'on protège du froid. Elle sourit encore, et sa bonté s'est comme approfondie en elle à mesure des saisons.
“ Je ne sais pas combien de temps encore je pourrai m'occuper du jardin ”.
Elle nous regarde, comme pour nous dire que la beauté de la terre est à chacun de nous provisoire.

Je vois ses yeux brillants devant le feu, intensément vivants encore.
Je voudrais lui dire la vie longue, qui dure, qui durera. Je n'ose pas.
Elle se lève, nous accompagne à la porte : ”Rentrez vite, dit-elle, à ces temps on attraperait du mal. ”

 

Écriture 19 août 2014

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