Bestiaire au portail sud
Aulnay
Visage
San Juan de la Pena (Aragon, Espagne)
Il n'y a jamais...
Poème (Rémy Prin)
Motif à l'araignée, ikat trame
Okinawa, Japon
Détail d'un khatchkar
Gochavank (Arménie)
Les églises du monastère
Noravank d'Amaghou (Arménie)
Saintongeoise
Détail de la coiffe
Coiffe de deuil
Mazières sur Béronne
Panneau de soie, ikat chaîne
Boukhara, Ouzbékistan
Détail d'une robe, ikat chaîne
Urgut, Ouzbékistan
Détail d'un sarong, ikat chaîne
Sikka, Flores, Indonésie
Pua kumbu, ikat chaîne
Iban, Sarawak, Malaisie
Voussure du portail
Foussais
Nous tentons...
Poème (Rémy Prin)
Fresques de l'abside
Kobayr (Arménie)
Tissu de flammé, ikat trame
Charentes, France
Hinggi kombu, l'arbre à crânes, ikat chaîne
Kaliuda, Sumba, Indonésie
Carré du marais
St-Hilaire la Palud

Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

Un village ethnique

Nous sommes partis tôt ce matin, dès huit heures, pour la boucle touristique du plateau des Boloven, répertorié dans tous les guides – le beauté des cascades, l’intérêt des villages, l’authenticité…

Très vite, on se rend compte que tout a été aménagé, voire transformé, dès la première cascade. Celui qui a acheté les terres à l’État a bien reconstitué l’ambiance, on paie l’entrée. Où entre-t-on ? C’est un village ethnique, pour aller vite dans le parcours des peuples. Le propriétaire a fait venir ici des gens de différentes minorités, des Katu qui habitent le sud Laos mais aussi le Vietnam, les Ngé, qui vivent en communautés non loin d’ici, et d’autres encore. Une famille, une ethnie, une maison. L’horrible sensation d’un univers artificiel, arraché à lui-même. À quoi tient la culture qui fait le sens des objets que l’on fabrique, ou des maisons que l’on habite ?

Beaucoup de tissus, sans grand style, mélanges de couleurs criardes – il faut attirer l’œil des touristes qui passent, pour la plupart désemparés devant ces maisons qui changent de l’une à l’autre, posées là sans relation d’aucune sorte. On s’avance vers un étal, vers cette femme avec ses deux petits enfants, elle porte une jupe en matmii, l’ikat traditionnel, son visage semble immensément triste. On questionne. Son mari est parti chercher du travail au loin. Son petit garçon – quatre, cinq ans peut-être – tresse un petit chapeau en feuilles de bambou. Que peut-on faire de cette vague lourde, plus profonde que la mélancolie ?

village ethnique

Plus loin, une maison Ngé, une vieille femme et son fils handicapé, ils vendent des tissus aussi, plus sobres, plus cohérents, ceux tissés autrefois par la grand-mère. Beauté simple soudain, l’équilibre de ces pièces qui respirent un autre monde où la cohérence culturelle forgeait l’aspect des choses. On achète un tissu. Bienveillance de la vieille dame et sa chaleur dans le remerciement. Et comme toujours, le regret presque de les déposséder d’eux-mêmes, et le sentiment trouble de préserver ce patrimoine, de les aider un peu, même si ce tissu ira rejoindre nos tiroirs, nos souvenirs, à nous qui pouvons venir jusqu’ici…

Comment se nourrir de la culture de l’autre, sans la spolier ou la dominer ? Bien souvent, je me suis posé cette question, sans trouver de réponse ni de comportement satisfaisant. Sans doute, la mondialisation que l’Europe a générée par ses premières conquêtes, porte avec elle comme effet pervers la dissolution inéluctable des cultures minoritaires. Les pays riches en peuplent leurs musées, certains voyageurs en font collection, dans la quête illusoire de l’authenticité préservée. Et sans doute ce mouvement ne s’arrêtera pas, le commerce et le brassage mondial emportant comme une vague les valeurs et les visions du monde des communautés. Il nous faudrait partager bien plus au fond tous les patrimoines, s’en nourrir vraiment dans le respect des uns et des autres pour que ces merveilles perdurent.

En 2018

Écriture le 12/03/25

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