Panneau de soie, ikat chaîne
Boukhara, Ouzbékistan
Bestiaire au portail sud
Aulnay
Visage
San Juan de la Pena (Aragon, Espagne)
Détail d'un khatchkar
Gochavank (Arménie)
Tissu de flammé, ikat trame
Charentes, France
Pua kumbu, ikat chaîne
Iban, Sarawak, Malaisie
Détail d'un sarong, ikat chaîne
Sikka, Flores, Indonésie
Voussure du portail
Foussais
Motif à l'araignée, ikat trame
Okinawa, Japon
Détail d'une robe, ikat chaîne
Urgut, Ouzbékistan
Hinggi kombu, l'arbre à crânes, ikat chaîne
Kaliuda, Sumba, Indonésie
Carré du marais
St-Hilaire la Palud
Nous tentons...
Poème (Rémy Prin)
Saintongeoise
Détail de la coiffe
Fresques de l'abside
Kobayr (Arménie)
Coiffe de deuil
Mazières sur Béronne
Il n'y a jamais...
Poème (Rémy Prin)
Les églises du monastère
Noravank d'Amaghou (Arménie)

Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

Toscane

Nous étions arrivés ici d'une traite depuis la Saintonge, dans l'épuisement de la route de fin d'été.

C'étaient quelques maisons sur les hauteurs, et dans la ruelle du hameau on devinait déjà le fin délié de l'élégance, une sorte de lumière qui brillait de l'intérieur du paysage. C'était à l'écart, quelque part entre Florence et Sienne. D'où nous étions, les collines striées des vignes, les rangs de cyprès bordant les allées, les verts multipliés, de l'affirmation proche de la couleur jusqu'au presque gris des oliviers.

On peut décrire la Toscane, les petits villages au loin dans la brume des collines, les tuiles douces qui semblent dire l'éternité du monde, et derrière les lignes d'horizons d'autres lignes encore, plus incertaines, presque voilées. On peut décrire mais on n'épuise rien, on touche à peine du regard l'essentiel, ou du moins ce qu'on croit tel, qui passe derrière les courbes, les couleurs.

Sait-on jamais ce qui fait le sens d'un pays ? Non pas une voie intérieure où aller que le chemin qu'on emprunte nous indiquerait, mais ce qui tient d'un accord parfait comme l'amour, que la terre et les hommes auraient façonné si longtemps. Et cet accord qu'on ne sait pas fait l'évidence. On ne s'étonne pas de la lumière qui envahit le cœur, ni que ces terres furent un berceau pour l'image, tant il suffit d'un regard sur telle alignée des vignes, sur tel pan de mur touché de biais par le soleil, ou sur tel visage de femme sur la place sortant de l'ombre, pour comprendre que ce qu'on voit est comme une mise au monde qui dépasse d'emblée l'expérience de voir.

On comprend ces générations de peintres qui ont traqué derrière cette vision sa cohérence, c'est-à-dire peut-être cette totalité fluide qui tient du bonheur régulier des jours et de l'exception. Comme si l'au-delà de l'image restait simple, à portée de regard mais hors de portée des corps. Nous irons voir dans ces jours ces images des peintres, dans les musées, les églises, les bâtiments des villes. Toutes nous sembleront écloses de cette cohérence-là, de cette certitude immense des paysages, que les génies des peintres auront su lire, extraire d'eux-mêmes, et qu'ils auront offertes au monde, fascinés, presque innocents de cette sublime découverte que leurs images, qu'ils voulaient proches de la réalité, la débordaient de partout, nous indiquant comme à suivre l'inépuisable.

Écriture 3 mai 2022

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