Elle avait dit :

" C'est une petite vie... "
et certainement, à voir son regard délavé de tristesse,

c'est de ses jours à elle qu'elle parlait,
des années légères
qui passaient encore à portée de la main c'était encore l'enfance.

 

Il n'avait pas osé sur le moment lui dire
- et comme il aurait voulu que ce soit simple -
que toute vie était immense,
portée très loin par les vents du dedans de soi,
portée par les bonheurs des connivences,
toute vie dans l'infini creuset des regards l'un sur l'autre comme des voiles.

 

Elle qui créait de la lumière,
et c'était parfois comme un paysage de neige pure que ses gestes peuplaient,
elle avait dit : "c'est une petite vie",
et certainement
dans le profond du temps quelque part l'obstacle ramassé de la peur.


Il aurait tant voulu que ce soit simple à dire,
l'eau lavée du regard, la musique en soi comme l'émotion,
qu'elle lui ouvrait la vie comme on fait d'un chemin sans fin,
que rien ne prévalait contre les fragilités qu'on partage,
que tout s'offrait, couleurs multipliées, mains qui dansent...

 

Il savait ces années longues en lui,
qu'il n'avait rien appris jamais sans cette offrande émotive
qu'elle parcourait sans le savoir.

Il savait l'essentiel de ce rien,
qui créait au dedans de soi les vents qui ne s'épuisaient pas.

 

Elle avait dit : "c'était chez moi, c'était presque l'enfance..."
Et la pluie claire d'été avait repris ses droits.