Il s'était arrêté, juste à l'écart et comme à mi-hauteur on se retourne et ce n'est pas tant pour dérouler le paysage jusqu'aux limites du songe que pour savoir peut-être en soi la distance, l'intervalle des êtres.

Il n'avait pas cherché à retrouver d'anciennes marques, des décors qu'il aurait parcourus certains plus récents que d'autres, et d'autres plus cachés fragments d'une mémoire lisse et tiède.

Il s'était arrêté, et l'écriture l'avait porté vers ces lieux vécus intensément comme dans l'amour parfois la part sublime des corps, tellement à l'intérieur de nous et tellement ailleurs.

Les lieux vivaient, par nos regards sur eux partagés bien au-delà de leur image sous la lumière, ils tissaient les sillages des vivants, ils se construisaient eux-mêmes dans les échos maladroits des corps s'offrant toujours, toujours se dérobant.

Des lieux aux vivants, nulle marge que l'écriture, cet espace de mémoire qui clôt la solitude et pourtant fait le seuil de tous les possibles. Il n'avait pas cherché, sauf peut-être à joindre au plus près l'autre visage quand celui-ci portait autour sa douceur inquiète parfois et parfois tellement comblée.

L'écriture l'avait porté dans ces parages plus sensibles où chaque accord déployait l'orbe du regard, où chaque syllabe appelait l'autre dans une soif entière de l'amour et sans épuisement le dialogue durait lui aussi vivant, lieu, mémoire.