La maison dans la forêt se tient à la croisée des routes un peu de biais comme pour accueillir le voyageur

d'où qu'il arrive nous arrivons d'ailleurs, d'un monde presque insituable nous n'avons sur nos lèvres que le chant transparent de l'herbe, c'est à peine le soir vous nous faites entrer chez vous profondément avec des mots d'accueil volubiles, vous vivez dans des arbres de sable et même la maison semble faillible et posée là par hasard, rien ne reste des phrases en suspens rien ne se découvre le soir à peine dans les brouillards qui orne près du feu les fronts.

 

Il parle, la terre n'épuise pas sa parole elle la comble elle offre au vent de mémoire une longue semence, les mots sont rarement plus doux qu'un souffle que le corps habite il parle de ces hommes qu'il côtoie menés dans la lumière des échos, il parle des reflets multipliés toujours sur leur peau rien ne se résume que la phrase ou l'image toujours recommencées.

 

Encore cette trace, il dit qu'il n'y a qu'elle écoulée sans retenue, que ce sillage fascinant derrière la respiration reste-t-il autre chose qui soit la source de l'exubérance qui nous mène plus loin que ce feu tard dans la nuit dit-il, regarde les livres entassés qui de partout arrivent, plus lents à se dissoudre à se confondre et d'une table à l'autre il passe à l'allusion du signe écrit comme d'autres à celle d'une herbe vive.

 

Je me tais près du feu je reste abreuvé de tous ces mots fusant comme de la bouche d'un premier enfant-roi, elle se lève elle sourit elle va chercher l'eau pour la boisson commune, il la devance parfois et leurs corps s'entrelacent dans l'air...

Vous vivez mieux qu'une partition connue sans mémoire, vos gestes trouvent l'insatiable écho dans la parole la parole encore au bout des corps posée reprise vous ne puisez rien que le sable dans les mains la vie jamais ne s'arrête la vie le décor somptueux derrière le sable d'autres corps nous attendent d'autres voyages dit-il plus secrets que la source, plus habités plus humides.

 

L'autre moment, c'est un après-midi dans la lumière filtrée de la forêt, lui me dit la grande brassée du vent des mots des terres inconnues, les femmes vont à quelques mètres elles peuplent les arbres d'une présence lente comme toujours sans effacement sans cri elles transforment le monde.

Et lui cherche l'effervescence à travers elles à travers les mouvements du temps il s'arrête soudain il se demande si cet enfant doit naître que lui demande celle qu'il aime.

 

Je le regarde amoureux croisant la vie, le souffle en arabesques profondes au loin dans l'allée les femmes dessinent une élégance douce il me porte il me sourit dans une cavalcade dans l'enfance dans le creux de son âge les mots dit-il c'est un tremplin c'est la transparence à la cime à la croisée des voyageurs le corps toujours offert apprend à partager l'espoir.

Marie-Hélène & Luc, Poigny la Forêt