Mots pour mots la parole essaimée sans bruit sans rature autre que celle de la voix qui n'ose puiser encore au creux de l'être.

Taire la nuit, cela se peut-il devant l'autre visage, passer ce masque, chercher ce mouvement du souffle qui s'incarne et dont l'improbable teneur à chaque syllabe risque la vie.

 

Oser dire les mots près du silence des corps, c'est un soir près de vous votre front s'est ouvert à l'échancrure exacte de la lumière cela prolonge intensément le temps c'est un soir les mots ne disent rien qu'eux-mêmes ouverts à jamais sur la nuit comment les prononcer comment suivre en leur courbe cette légèreté secrète qui les nimbe ?

 

Dans une chambre et nulle part peut-être, au sommaire des corps et sans qu'ils se soulèvent et s'embrasent, il y a cette parole essaimée plus fraternelle et seule au devant des saccages.

Nous nous regardons peut-être, nous n'avons l'un pour l'autre qu'un sourire plus ouvert que la terre, rien ne se reconnaît mieux que l'exigence comme une vague en soi menée.

 

Nous vivons tous dans des presqu'îles la mer commune partage les rivages, nous n'acceptons que peu son insistance à nous recouvrir, sans bruit pourtant sans rature ce qui naît dans l'intervalle des visages fonde la phrase, accepte son écho, le porte encore. Rien ne sera clos jamais dans le moment du chant, je reste près de vous qui nourrissez ce souffle, je reste, je restitue cette part un peu dénouée, un peu grandie.