Chemins du vivant

Fragments d'un monde inquiet

Quelques dizaines de kilomètres depuis Paksé, la grande ville du sud Laos. On longe longtemps le Mékong, le fleuve vital, l’artère vivifiante de cette région de l’Asie.

Dans la voiture, le guide francophone qu’on a parfois du mal à comprendre, qui se répète un peu, est si gentil qu’on lui pardonne tout. On a suivi le livre, qui décrit cet ensemble de temples khmers bâtis aux XIe et XIIe siècles, sur un site déjà occupé depuis le Ve siècle, maintenant distingué par l’UNESCO sur sa liste mondiale.

On a suivi les conseils, pour scruter la mémoire, sans trop savoir, pour tenter d’approcher le brassage des peuples et les traces qu’ils ont laissées. On suit le gentil guide francophone, dans cette chaleur du matin, qui vous enveloppe et vous isole déjà, sans vous oppresser encore. On est toujours dans la plaine du fleuve, on voit les petites montagnes au loin, on marche. Et c’est bientôt une grande allée jalonnée de hautes bornes de pierres : comme souvent dans les sites imbibés de l’histoire et du génie des hommes, il faut d’abord se défaire de soi, de la première image glanée au hasard, on marche c’est pour apprendre la rumeur des hommes d’ici, celle qui a traversé les siècles, qui affleure, là, dans les pierres, et qu’on cherche à tâtons, sans la comprendre vraiment.

wat phou 1

Voici le temple des hommes, puis celui des femmes, et toutes ces pierres numérotées qui jonchent le sol ici et là, en attente d’une restauration improbable. Les linteaux et les parois sont saturés de reliefs sculptés, qu’on peine à décrire, mais qui nous touchent d’une émotion brute, puissante, qui allège le corps et le rend dense en même temps. Je vois les nagas, les serpents mythiques, je pense aux pierres romanes de chez nous, je voudrais mieux éprouver ces correspondances.

wat phou 2

Ce lieu fut sans doute d’abord animiste, puis hindouiste, puis bouddhiste. C’est ici le Laos des mélanges, où l’identité fuit le regard. Mais l’ampleur du lieu fait oublier toutes les catégories, ce lieu c’est l’univers, l’alliance des terres basses et du haut du ciel. On monte, on monte longtemps, il y a de petits autels décorés le long des marches. On ne sait pas vraiment vers quoi l’on monte, à travers ces immenses frangipaniers dont les fleurs splendides couronnent un squelette de branches et de ramures.

wat phou 3

Tout en haut, on voit la source sacrée qui sort de la roche, ce qui a rendu jadis peut-être ce lieu propice aux rituels. Tout en haut, c’est le pays entier sous l’œil, le grand fleuve perdu dans la brume, les bassins d’eau plus près, les parcelles de terre grillée et leurs arbres encore verts. Tout en haut, on comprend soudain le bonheur d’être au monde, dans une sorte de naïveté première, quand on s’est enfin débarrassé de soi, de ses idées, de ce qui nous guide, quand le corps se mêle vraiment au paysage, au courant d’air qui court au long de la montagne, près de la source.

En 2018

Écriture le 23/01/25

La pluie fait un refuge, elle maintient les distances,
la pluie protège

dresse un abri contre toutes les terreurs
quand on l’écoute, dans ses vagues de rythmes.
La pluie vient du mitan du monde,
des contrées plus lointaines que la parole,
et l’on pense que sa musique fait l’espérance
de la vie qui pourrait venir
sans cruauté, la vie pacifiée
comme on l’imagine dans l’enfance,
quand on est à l’abri dans la maison
et que la pluie frappe les vitres.

Comment vivre à l’unisson
de toutes les pluies, de toute l’humanité,
comment vivre le regard toujours bienveillant
au-delà des douleurs, de ces temps en morceaux,
du règne des puissances tristes ?

J’écoute la pluie, l’apaisement sur les jardins
sur les fronts des enfants,
eux qui puisent en elle leurs chants, leurs aventures
et l’on se dit soudain que tout est à portée de main,
que la fragilité du refuge restera là toujours
mouillée des rêves enfantins
et qu’ils continueront à faire les rivières des vies.

Il n’y a rien que ce peu de douleur à franchir,
ce peu de solitude à prendre avec soi,
à déplacer un peu, ce peu de regard à tourner
vers la lumière et vers la pluie
sans que l’on sache vraiment ce qui coule
entre les doigts, entre les corps,
qui fait l’écriture dans l’âme du monde.

Écriture le 12/05/25

Les mouvements des hommes
depuis si longtemps
qui s’échangent ce qu’ils font, ce qu’ils disent

qui font commerce de leurs œuvres,
ils tissent sans le savoir entre eux des liens
qui dépassent ce qu’ils vendent, ce qu’ils achètent,
les mouvements des hommes unissent le monde
sans qu’ils approuvent ces liens grandissant
qui se répandent sur la terre à leur insu,
ils croient qu’ils maîtrisent les flux
et les images
et ce qu’ils ont tressé lentement
dans tous ces réseaux multipliés,
mais les réseaux et les images
ont leur propre pérennité, leur propre existence
qui construisent leurs mémoires
comme les fondations d’un univers
qu’on ne sait pas encore déchiffrer
qui leur échappe, qui fait leur grande peur.

C’est que ce que les hommes comprennent du monde
et d’eux-mêmes aux prises avec les autres,
proches ou lointains,
change si peu, si lentement,
qu’ils ne savent pas qu’ils ont construit au cours des âges
leurs propres prisons, leurs grandes peurs,
voisins si proches et tellement barbares,
à jamais étrangers, couleurs de peau, regards,
langues qui font voir le monde autrement,
chacune, avec ce qu’elle peut percevoir
des paysages, de la terre, de ce que l’autre fait du monde.

Nous écrivons sur la planète entière
des traces de sang, des meurtres depuis toujours,
l’antique hantise du désir de dominer,
l’immense déchirure qui casse les liens, les œuvres,
nous ne cessons pas de détruire le vivant,
d’imaginer que la force violente
fera place nette un jour,
rendra la terre comme on la voudrait,
place nette, l’immense vide en nous-mêmes,
leurre terrifiant de l’identité, de sa solitude.

Écriture le 08/05/25

Quand on pénètre dans la salle du Museo Civico où se trouve cette fresque, c’est une sorte de stupeur dans le corps d’abord.

Comme si ce que l’on voit vous enveloppait, vous prenait, requérant tout votre être. Vous n’avez pas le temps de la distance, celle du raisonnement, l’image s’impose, elle vous frappe, vous entrez en elle comme en chaque image d’exception que le génie humain a créée, en cette bordure incertaine du mystère, où le réel du monde et l’imaginaire de l’humanité se mêlent si intimement.

C’est le Christ qui se lève du tombeau, il a le pied sur la pierre comme celle d’un sarcophage, du sang coule encore de sa poitrine. C’est un homme au regard de face, puissant, dont tout le corps qui se lève dit cette délivrance de la mort, c’est un homme qui surgit des entrailles de la terre, sans volonté de pouvoir, juste l’affirmation par sa chair et son geste – et le talent du peintre qui l’a mis au monde – que la mort ne gagnera pas, qu’on peut s’en affranchir, comme cet homme représenté là, mort et puis vivant, qui sort de ce tombeau qui est comme un autel, qui jaillit en un geste péremptoire et presque naturel. Vous détaillez son visage, une certitude fragile qui vous inonde, l’expression de ce qui s’affirme comme un scandale, comme un appel, comme un cheminement. Le Christ ressuscité de Piero della Francesca donne à voir une évidence qui vous imprègne, qui suinte de l’image, à ce qui est l’invraisemblance majeure du texte évangélique.

"La Résurrection n’est pas décrite dans les Évangiles. Le récit s’arrête avec la mise au tombeau et ne reprend pas jusqu’au matin du troisième jour […] En d’autres termes, cet événement majeur est dans la Bible un vide narratif – un tombeau vide, un corps absent.1"

Resurrection Piero 1

La fresque en cette petite ville de Toscane, SanSepolcro, où est né et mort Piero, comble l’absence, l’efface, elle dit certes la puissance de l’image elle-même, mais certainement un peu plus, tant elle est pour le regard comme un trou noir, où tout le corps se perd ou se vivifie. Derrière le Christ en lumière, il y a les collines du monde, les arbres dépouillés de leurs feuilles et ceux encore en végétation, la vie et la mort des saisons mêlées, dans l’univers un peu délavé de la terre et du ciel.

Resurrection Piero 2

En bas, quatre soldats endormis, aux postures étranges, corps comme dispersés, ailleurs, les hommes frappés d’aveuglement devant l’évidence du vivant. Ceux qui ne voient pas, chacun dans sa solitude, muré, au bas du monde.

Resurrection Piero 3

Alors, après un long temps de regard, on perçoit peu à peu l’intense rigueur de la composition, les soldats, le Ressuscité et le monde, l’élancée des arbres et de l’étendard, et combien cette image ne se veut pas réaliste. Et combien aussi pourtant c’est l’affirmation du mystère qui vous a frappé tout à l’heure, qui vous a pris le corps, mélange de l’exigence terrible d’une parole et d’une humanité retrouvée.

Les hommes dorment. Ce sont les femmes qui viennent au matin du troisième jour : "Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, car elles étaient tremblantes et hors d’elles2." Celui qui dit avoir traversé la mort n’est pas là, il n’est plus là comme avant, il va pourtant se montrer, concrètement, mais comme un signe un peu distant. L’ancien récit respecte la liberté de chacun, tout comme l’image de SanSepolcro va au bout du mystère sans l’évacuer. La Résurrection de Piero della Francesca dresse devant nous comme une incandescence, tout au bord du savoir, tout au bord de l’acte de croire.

1 Cyril Gerbron, Les pierres et le rêve, essais sur la peinture religieuse de la Renaissance italienne, Actes Sud, 2025, p. 16

Évangile de Marc, XVI, 8

En septembre 2014

 

Écriture le 25/11/25

C’est un livre qui tient du roman, du récit, de l’enquête, un livre intime et pourtant au cœur du monde, un livre peut-être comme une trace fulgurante à ce moment de notre aventure humaine, et dont on se demande s’il peut être reçu, comme on dit, accepté quelque peu, tant il est à sa manière iconoclaste.

Et tant le sujet dont il traite à vif – la vie éternelle – peut faire naître des ricanements ou du mépris au sein de notre ambiance rationaliste.

L’auteur, Javier Cercas1, se dit d’entrée de jeu "athée","anticlérical", "laïc militant, rationaliste obstiné, impie rigoureux". Et l’exergue du livre se poursuit ainsi :

Et pourtant je me trouve ici, dans un avion à destination de la Mongolie en compagnie du vieux vicaire du Christ sur la terre, m’apprêtant à l’interroger sur la résurrection de la chair et la vie éternelle. C’est pourquoi je suis monté dans cet avion : pour demander au pape François si ma mère verrait mon père après sa mort, et pour transmettre sa réponse à ma mère. → p. 11

Javier Cercas a perdu sa foi d’enfant à l’adolescence, puis a cherché dans l’écriture littéraire cette part manquante, qui finalement n’a jamais en lui été comblée. Il a lu Nietzsche et son fou qui va proclamant la mort de Dieu – "nous l’avons tué" – et Dostoïevski : "Si Dieu n’existe pas, tout est permis". Plus d’un siècle après ces affirmations des penseurs européens, que reste-t-il de cette rupture de libération croyait-on, dans les affaires humaines ? La mère de l’auteur elle, âgée, malade, vit une foi profonde, pure, et dans cette croyance qu’après sa mort elle retrouvera son mari, son amour de toute une vie.

Au printemps 2023, lors d’un salon du livre à Turin, Javier Cercas est approché par un "homme du Vatican" : le pape François doit faire un voyage en Mongolie fin août, et on a pensé à lui pour écrire sur ce voyage, avec toute liberté de publication. Il se récrie ("auriez-vous perdu la tête ?"), mais on le rassure : "on savait que je n’étais pas croyant et que c’était précisément pour cette raison qu’on me proposait d’écrire ce livre".

À ce stade de la lecture, on peut craindre le pire, de la puissante machine ecclésiale broyant l’intrépide écrivain, et on aurait tort, tant les quelques centaines de pages qui suivent sont ébouriffantes et traversent, par les personnages du récit, nos interrogations d’aujourd’hui. Il serait vain de vouloir les décrire, ces pages, mais nous allons picorer dedans, pour tenter d’en saisir des images révélatrices.

L’auteur fait son travail d’enquêteur, il cherche des sources, et rencontre à Rome ceux qu’il nomme "les soldats de Bergoglio", qui travaillent dans les rouages de la gouvernance de l’Église. Extrait d’un échange avec le père Spadaro, jésuite proche de François :

Le problème, c’est que, chez nous, en Occident, la raison est détachée du sentiment. On les a opposés. Le problème, c’est que l’on considère que tout ce qui est sentiment, amour, foi, n’a rien à voir avec le raisonnement, qui n’est que calcul, méthode. Cette vision de la raison est très pauvre, abstraite, froide. Cette rationalité n’est pas la rationalité humaine : c’est une rationalité informatique. Le problème, par conséquent, c’est comment on définit la raison, et non si la raison participe ou pas de l’acte de foi. Les hommes raisonnent. Votre mère raisonne. Les gens de votre village raisonnent. La foi n’est pas un simple acte de sentiment. La raison est un facteur complexe de notre humanité : ce n’est pas simplement deux plus deux égale quatre.
— Le problème alors, c’est qu’on a séparé la foi et la raison.
— Oui. L’intuition poétique n’est pas irrationnelle : elle génère un résultat qui est aussi celui du raisonnement. La poésie comporte une rationalité d’un autre niveau, qui s’intègre au sentiment. Mais en effet : une fracture entre foi et raison s’est produite en Europe, et ce n’est pas un problème seulement pour la foi. Pour la vie en général aussi, c’en est un. → p. 102

Ou avec le cardinal poète Tolentino, un peu plus loin :

— Quand il [le pape François] est revenu du Japon, par exemple, les journalistes lui ont demandé : Après ce voyage, que croyez-vous que l’Occident peut apprendre de l’Orient ? Et vous savez ce qu’il a répondu ? Un peu de poésie.
— Ah, excellent !
— Et cela a à voir avec ce que vous dites. Parce que la poésie est la capacité de contemplation du visible et de l’invisible, de ce que l’on peut toucher et de ce qui demeure un mystère. → p. 130

Cercas rapporte ces entretiens en les situant comme des scènes de vie, où l’humour et l’ironie sont présents, mais où revient sans cesse la question qui le taraude. Un journaliste accrédité au Vatican lui répond ceci :

Comment croire à une autre vie si on ne la pressent pas dans celle-ci ? L’expérience d’une humanité inexplicable humainement est ce qui permet de la pressentir, d’avoir l’intuition qu’il y a quelque chose de plus et de meilleur que ceci. C’est le début de la vie éternelle : la vie éternelle commence ici même. → p. 187

Au passage de l’écriture se dessine la complexité du monde ecclésial romain, et la figure en ombre de François, sa manière à lui d’être fou de Dieu, comme son modèle d’Assise, de se vouloir en périphérie, hors des fastes, lui qui dit :

Dépeindre le pape comme une sorte de Superman m’offense. Le pape est un homme qui rit, pleure, dort tranquillement et a des amis comme tout le monde. Une personne normale. → p. 451-452

Et Javier Cercas, l’athée et le rationaliste obstiné, d’ajouter :

Ce qui est exceptionnel, ce n’est pas le pape : ce qui est exceptionnel, c’est l’Église catholique ; c’est-à-dire la promesse de l’Église catholique ; c’est-à-dire la promesse du Christ : l’annonce rayonnante de l’amour illimité, de la résurrection de la chair et la vie éternelle. Tous les pouvoirs, tous les souverains, tous les règnes et tous les empires sont tombés ; mais, après deux mille ans d’histoire, l’Église catholique tient toujours debout : cette promesse a prouvé qu’elle était indestructible, plus puissante que toutes les armées réunies. Si je croyais aux miracles, je croirais que ceci est un miracle. → p. 452

Dans l’avion vers la Mongolie, il s’entretient en tête à tête avec le pape et le filme. On ne saura qu’à la fin du livre ce qu’ils se disent, quand il montrera le film à sa mère affaiblie. La Mongolie, le bout du monde, un pays tiraillé entre la tradition des steppes et la capitale Oulan-Bator déjà bien occidentalisée, un pays où l’on ne compte que 1500 catholiques que le pape est venu rencontrer, comme une sorte de geste gratuit. "On ne peut pas être missionnaire sans être fou à lier." → p.253

Et c’est le paradoxe de la quête de Cercas : en vivant quelques instants de cette folie avec les religieux catholiques présents sur place, il s’approche de ce vécu radicalement différent qui le touche et qu’il décrit avec véhémence et humilité à la fois. Il transcrit par exemple les mots de cette jeune femme italienne, devenue religieuse après des études de philosophie à l’université de Turin et qu’on a envoyée ici il y a un an :

J’ai toujours senti que mon cœur avait de grandes dimensions… Aussi grandes que le monde… […] Il s’agissait de servir et d’aimer là où le besoin se faisait sentir, d’aider ceux qui en avaient besoin. C’était ça le sens de mon élan, me livrer… → p. 311-312

L’écriture de Cercas n’est pas celle d’un journaliste, mais d’un écrivain que ses échanges emportent au cœur de son intimité, de ce qui le questionne au plus profond. Au moment de quitter ces gens avec qui la fraternité a soudain pris sens, il écrit à propos du père Ernesto :

Je vois ce vieux missionnaire à l’âge de vingt-huit ou vingt-neuf ans, qui vient d’être ordonné prêtre, pédalant debout dans la pénombre matinale d’une forêt du Zaïre, ivre d’ardeur apostolique, prêt à sauver toux ceux qui se présentent devant lui, je le vois en train de lever le corps du Christ dans une case d’un village d’Afrique […] je le vois dire la messe dans la steppe enneigée, âgé d’une cinquantaine d’années, fraîchement arrivé en Mongolie avec ce fou de Marengo et ses premiers compagnons de la Consolata, comme des chrétiens poursuivis ou des révolutionnaires illuminés ou des sherpas de Dieu… → p. 352

On pourrait certes se demander à bon droit comment justifier cette folie de l’Occident chrétien d’aller "évangéliser toutes les nations", et par là même de briser les cultures de ces gens. Il n’y a sans doute pas de justification, sauf cette foi en la parole d’un homme d’il y a deux mille ans, qui annonce l’unité de l’humanité, l’amour radical et la vie éternelle. Et l’on sait bien aussi que cette parole s’est vue mélangée à bien d’autres soifs de conquêtes et de dominations intolérables. Et qu’aujourd’hui comme hier ce monde globalisé est en proie à la cruauté plus qu’à la paix.

À son retour de Mongolie, Javier Cercas s’en va voir sa mère, lui montrer son entretien avec le pape. Peut-il dire à sa mère qu’après sa mort, elle reverra son père ? "Sa réponse est fulgurante […] : sans le moindre doute" → p. 463-464. Dès lors, il écrit :

Hannah Arendt a-t-elle raison quand elle dit que les athées sont "des imbéciles qui prétendent savoir ce qu’aucun être humain ne peut savoir" ? Et si c’était François qui avait raison ? […] Et si Nietzsche se trompait et que le christianisme n’était pas une négation de la vie mais une rébellion contre la mort et c’est pourquoi la résurrection de la chair et la vie éternelle se trouvent en son centre – pareils à des morceaux de lave brûlants dans un cratère en activité -, parce qu’elles représentent l’affirmation de la vie au-delà de la vie, au-delà de la mort ? → p. 466

1 Javier Cercas, Le Fou de Dieu au bout du monde, Actes Sud, 2025. Né en 1962 en Espagne, dans une famille franquiste / catholique, il a enseigné dans des universités américaines, et publié une quinzaine d’ouvrages, traduits dans une trentaine de langues.

 

Écriture le 28/10/25

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