Détail d'un sarong, ikat chaîne
Sikka, Flores, Indonésie
Visage
San Juan de la Pena (Aragon, Espagne)
Fresques de l'abside
Kobayr (Arménie)
Hinggi kombu, l'arbre à crânes, ikat chaîne
Kaliuda, Sumba, Indonésie
Il n'y a jamais...
Poème (Rémy Prin)
Saintongeoise
Détail de la coiffe
Carré du marais
St-Hilaire la Palud
Coiffe de deuil
Mazières sur Béronne
Panneau de soie, ikat chaîne
Boukhara, Ouzbékistan
Nous tentons...
Poème (Rémy Prin)
Détail d'une robe, ikat chaîne
Urgut, Ouzbékistan
Voussure du portail
Foussais
Motif à l'araignée, ikat trame
Okinawa, Japon
Tissu de flammé, ikat trame
Charentes, France
Détail d'un khatchkar
Gochavank (Arménie)
Bestiaire au portail sud
Aulnay
Pua kumbu, ikat chaîne
Iban, Sarawak, Malaisie
Les églises du monastère
Noravank d'Amaghou (Arménie)

Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

Chemins du vivant

Fragments d'un monde inquiet

Dans le mystère du visage, il y a les courbes bien sûr, comment les traits sont venus au monde, comment cela s’est arrondi, les angles de soi-même.

Dans le visage, il y a son image, ce qu’on pourrait peindre si l’on savait, ce qui fait tressaillir.

Jeune femme que je regarde, qui s’approche pour le bonjour, les joues se frôlent, les visages s’offrent l’un et l’autre, geste fugace du quotidien. Je la regarde avec bonheur, c’est la plénitude de l’élégance, une certitude du corps, vivant très au-delà de ses chairs, de sa douceur de peau. Je la regarde, je ne sais rien de ce qu’exprime son visage, cette présence douce, qui s’allonge, arrondie. Le visage écrit dans la lumière des jours tant et tant d’images qu’on saisit à grand-peine, comme l’incertitude folle du vol des oiseaux. Le visage est gracile, on ne peut bien le définir, c’est comme un miroir à peine éclos de l’enfance, que la jeune femme a su préserver, tendre dans le soleil à tout jamais.

Le visage achève le corps, il le mêle à l’âme, on le voit, et nous voici tout désemparés devant l’indécidable, le chant fertile, devant ce que cette jeune femme sème sur la terre. Le visage fait à chaque geste comme un nimbe qui l’incarne et le protège à la fois, tant et tant qu’on ne sait plus rien de lui, qu’on l’oublie, traversé des certitudes de sa présence qu’on ne sait pas dire pourtant.

Que révèle un visage, des douceurs ou des malheurs de soi-même, des parcours des temps d’avant, de ce qu’on a laissé le long des routes depuis l’enfance ? De ce qu’on a perdu, hier ou jadis, à jamais, dans les moments cruels, dans les absences irrémédiables ? Le visage se compose malgré soi, les joues creusées, les sourires à même le jour, les soucis sur le front. Sait-on comment l’on se construit, ce qu’on maîtrise de l’évidence du temps, ce qui nous échappe à jamais ?

La jeune femme parle à peine, elle s’en retourne à ses occupations, son corps s’éloigne, il reste l’épaisseur perceptible de sa présence, et cette évanescence aussi de l’absence, elle s’en va, et l’on cherche à jamais ce que donne le regard, et tout ce frémissement d’être qui sourd du visage, là où l’on boit ce qui ne peut se dire.

 

Écriture le 14/05/2025