De l'autre côté de l'Aghstev, une montée encore - ici on améliore la chaussée, on aménage des trottoirs. On arrive tout en haut du village, sous les arbres - des anciens qui devisent, une boutique de souvenirs.

Le monastère occupe le haut d'une colline d'herbe, au loin l'œil se perd d'une montagne à l'autre et quand on tourne le regard c'est l'ensemble d'églises et de chapelles qui se découpent sur le ciel. Quelques bâtiments seulement pour ce qui fut vers la fin du XIIe siècle un des hauts lieux culturels de l'Arménie. Étonnement à nos yeux d'Européens urbanisés de ce pays disséminé où le rayonnement naît d'un village minuscule dans la montagne.

 

Gochavank, vue générale
'...occupe le haut d'une colline d'herbe...'

 

 

Mkhitar Goch naît vers 1130. Très jeune, il étudie et devient vardapet22 dans ces régions d'Arménie orientale. Puis il voyage jusqu'en Cilicie, y passe plusieurs années pour obtenir encore un titre de vardapet, revient vers l'Est, y fonde un monastère détruit par un tremblement de terre, puis celui-ci qui prendra son nom. Goch y déploie une intense activité intellectuelle, écrit "Le code des lois" qui établit les règles de conduite de la population, des seigneurs féodaux et de leurs sujets.

 

C'est l'époque où, aidées par la puissance militaire géorgienne, les principautés arméniennes relèvent la tête. Goch leur donne une morale humaniste, par son code, mais aussi par les fables qu'il écrit où les animaux mettent en scène les puissants de ce monde et leurs sujets.L'église principale - dédiée à la Mère de Dieu - est précédée d'un grand gavit. Posés à terre, des khatchkars dans la lumière. Tous profondément ouvragés, certains atteignent une complexité visuelle fascinante. L'un après l'autre, nous restons là de longues minutes, touchant la pierre avec précaution tant l'accomplissement de ce chant des lignes semble fragile, tant on voudrait garder en soi cette immense puissance de l'image.

 

Gochavank, khatchkar devant l'église St-Grégoire
'...on les dirait le fruit d'une ascèse...'

L'église principale - dédiée à la Mère de Dieu - est précédée d'un grand gavit. Posés à terre, des khatchkars dans la lumière. Tous profondément ouvragés, certains atteignent une complexité visuelle fascinante. L'un après l'autre, nous restons là de longues minutes, touchant la pierre avec précaution tant l'accomplissement de ce chant des lignes semble fragile, tant on voudrait garder en soi cette immense puissance de l'image.

 

Plus loin, c'est le tympan de la chapelle de l'Illuminateur: là aussi l'écriture multipliée des motifs, des entrelacs, semble profondément puiser dans le cœur de la pierre. Étrange questionnement de l'image que rien n'explique, où tout ce qui diffère s'assemble, comme lorsqu'un visage de femme sort de l'ombre et que le monde est là, vivant.

 

Ici, les sculptures qu'on découvre une à une, ne chantent pas comme celles d'Haghartsin ce matin, on les dirait le fruit d'une ascèse, un propos qui ferait prégnance sur l'espace. Quand Sona me montre dans l'ombre et la fraîcheur les petites cellules où les moines travaillaient dans les recoins de l'église, corps pliés dans l'espace exigu, je tente de comprendre ce dialogue à nouveau: la nuit de l'intérieur du corps, dans un effort intense, la prison de la douleur sans doute, pour produire ce dehors de création, de profusion dans la lumière où toute trace sans fin fait une puissante musique.

 

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22 Vardapet: docteur de l'église.