Pua kumbu, ikat chaîne
Iban, Sarawak, Malaisie
Les églises du monastère
Noravank d'Amaghou (Arménie)
Fresques de l'abside
Kobayr (Arménie)
Panneau de soie, ikat chaîne
Boukhara, Ouzbékistan
Saintongeoise
Détail de la coiffe
Tissu de flammé, ikat trame
Charentes, France
Hinggi kombu, l'arbre à crânes, ikat chaîne
Kaliuda, Sumba, Indonésie
Détail d'un khatchkar
Gochavank (Arménie)
Voussure du portail
Foussais
Visage
San Juan de la Pena (Aragon, Espagne)
Motif à l'araignée, ikat trame
Okinawa, Japon
Carré du marais
St-Hilaire la Palud
Il n'y a jamais...
Poème (Rémy Prin)
Coiffe de deuil
Mazières sur Béronne
Nous tentons...
Poème (Rémy Prin)
Bestiaire au portail sud
Aulnay
Détail d'un sarong, ikat chaîne
Sikka, Flores, Indonésie
Détail d'une robe, ikat chaîne
Urgut, Ouzbékistan

Ce qui a duré
dans la mémoire des hommes,
ce qui fait culture,
paysages de la terre
ou pays de l'esprit,
ce qui peuple le voyage,
les vies, la plénitude,
le patrimoine, ce n'est rien
que ce lien fragile
de ce que nous sommes
à ce que nous devenons.

Chemins du vivant

Fragments d'un monde inquiet

D’abord, il y avait eu ces costumes du temps lointain, sauvés de la destruction, collectionnés comme on dit, des décennies durant, par des regards experts et des mains qui les rangeaient dans des chambres profondes.

Et puis l’idée, et ces heures passées ensemble à trouver une approche sensée, à choisir, parcourir le temps du monde, la vie supposée des costumes, l’univers des villes et celui des villages, et comment on pouvait dérouler ainsi la mémoire des formes et des hommes. Comment on pouvait écrire leur aventure à travers ces pans de tissus, ces dentelles, ces volumes si près des corps, mais qui semblaient si loin de nous.
Et puis ce fut le temps des photos, de la mise en images, les costumes et leurs reflets dans la lumière, les mannequins qu’on habille et déshabille, qui le temps d’un instant reprennent vie ou presque dans les redingotes ou les crinolines. Des heures et des heures encore, à révéler les détails sous la lumière, à choisir, à mettre en regard. À tenter de tresser un fil qui pourrait nous conduire quelque part, nous montrer comment c’était vraiment, du temps des robes à la française ou des lévites, ou du moins comment on peut construire un regard sur ces temps-là.

Il avait fallu ensuite imaginer un parcours dans ce temps long, incarner dans l’espace muséal une distribution qui donne un sens physique, temporel, intellectuel, avec les explications nécessaires, du rythme visuel, comment montrer les périodes qui passent et les formes qui changent, et la mode qui vient, qui étend son empire. Il avait fallu préparer les perruques, essayer les habits, ajuster…
Ensuite le montage lui-même, quelques jours à quelques-uns, mannequins sur les estrades, mouchoirs de cou et jupes aux murs, panneaux d’interprétation… Comment faire pour que tout cela respire, que les anciennes gravures fassent écho aux costumes eux-mêmes. Sait-on combien toute œuvre culturelle naît dans la fragilité, quelle longue patience elle draine, ici de la collecte à la mise en images, des lectures innombrables à l’écriture ?

Près de neuf mille personnes sont venues, parcourant ces espaces recréés, rêvant peut-être au temps passé, comprenant un peu mieux comment on façonne la mémoire, comment le monde change, à l’aune de ce qu’on porte sur soi, admirant peut-être telle harmonie de couleurs sur des tissus de soie dont on a perdu maintenant le savoir-faire… On ne sait pas vraiment à quoi tout cela sert, ce que ça peut changer dans le regard. On espère que notre éblouissement a fait cortège, que des lucioles ont brillé dans les yeux de beaucoup.
On démonte aujourd’hui l’exposition, on décroche, on enroule, on plie, on range dans les boîtes numérotées. Moins d’une journée pour que l’espace redevienne vide, que tout se désagrège, qui témoignait du mouvement du monde.

Des costumes pour lire le monde au Musée des Cordeliers, Saint-Jean d’Angély, octobre 2022 à septembre 2023

Écriture le 24/09/23

La donation objet de cet article et du précédent est formalisée chez le notaire Cristin, le 18 mars 1812. Jean Sirat, cultivateur à Lépinoux, fait cette donation à ses deux enfants Joseph, marié à Marianne Babin, et Marie, marié à Jean Bonnarme. Voici le second lot.

Le second des dits lots est échu, demeuré, sera et appartiendra à la dite Marie Sirat femme Bonnarme en pure et absolue propriété consistant icelui dans les fonds qui suivent.
Savoir un bâtiment au dit Lépinou avec son quereux1 au devant et vis à vis, qui devra passage avec bœufs et charrettes à l’autre lot, confrontant du levant à la chambre du premier lot, le mur de refend mitoyen sera monté à frais commun jusqu’à la charpente, du couchant au chemin qui conduit à la fontaine des artenants, par le derrière au chai de Jean Sirat et par le devant le quereux confronté au quereux de Pierre Papilleau du Chiron… Plus la moitié d’une houche2 à Libreson à prendre au… contre… d’autre côté à l’autre lot...

Extrait acte

Notons qu’il y a souvent comme ici un partage des bâtiments existants. Au premier recensement de 1851, le village de Lépinoux compte 125 habitants, contre environ 40 aujourd’hui et alors qu’il y a un peu plus de maisons construites qu’à l’époque. Dans notre maison, et suivant les dires des anciens propriétaires, quatre “ feux3 ” ont vécu ensemble, chacun occupant une pièce. Le mur de refend qui fait limite ici entre les deux lots doit être remonté jusqu’en haut du bâtiment.

Plus quinze règes4 de vigne situés à La Brousille, confrontant du levant à l’autre lot, et du couchant à Pierre Ardouin la jeunesse. Plus six sillons de vigne situés aux Grandes Versaines, confrontant du levant à la veuve Louis Pineau, du couchant à Jean Sirat, du bout du midi au chemin de St-Jean… Plus une pointe de pré situé au Pré Patin, confrontant du levant à Jean Papilleau et du couchant au chemin de Lépinou à Loiré… Plus neuf règes de vigne situées derrière Le Plantis confrontant du levant à Jean Bonnarme et du midi à la divise de Loiré. Plus douze sillons de terre situés au Pré Patin, confrontant du levant à la vigne de l’autre lot, du couchant à Jean Daigre, du midi au dit chemin de St-Jean. Plus sept sillons de terre situés sur la Sablière, tenant du levant à Louis Babin, et du couchant à la veuve Jacques Micheau… Plus la moitié d’un petit renfermis5 appelé La Tranchée sur l’Aubrée, confrontant du levant à la veuve Louis Pineau qui a l’autre moitié et du midi à Jean Papilleau fossé entre deux dépendant du renfermis… Plus sept sillons sur Les Bouchauds confrontant du levant à la veuve Louis Pineau et du couchant à Pierre Papilleau… Plus dix sillons situés aux Ardillards, confrontant du levant à la veuve Jean Belin et du couchant à Pierre Rillaud… Plus une pièce de pré de cinq routes (?) environ située au Pré Patin confrontant du levant à Jacques Gueri et du couchant au nommé Maillou du chef de sa femme, la dite pièce de pré derrière, confrontée, attribuée à la dite Marie Sirat pour sa portion dans les acquêts…
Qui sont tous les biens domaines et héritages que les dits copartageants avaient à diviser entre eux leur provenant des successions échues et anticipées, le dit Jean Sirat gentille et Favreau conjoint ; s’il s’en trouve d’autres dans la suite provenant des mêmes chefs, ils promettent et seront tenus les partager également par moitié, se tiennent de ceux-ci tombés en leur lots pour contents et bien apportionner, en conséquence ils s’en sont dès à présent et pour toujours démis, dévêtus et désaisis à l’effet par eux d’en jouir faire et disposer à l’avenir, comme de leurs autres biens, en payant les contributions auxquels ils seront assujettis et sous la garantie réciproque à laquelle tous copartageans sont tenus de droit.
Passant les parties au règlement de leurs droits mobiliers, il est par elles déclaré que le dit Jean Bonnarme lors de son mariage avec la dite Marie Claire Sirat fut associé à la communauté mobilière du dit Sirat père et ses enfants ; lui et son épouse pour une moitié et l’autre moitié par le dit Sirat père et le dit Joseph Sirat et son fils, ainsi qu’il résulte de leur acte de mariage reçu le notaire des présentes le vingt et un frimaire an sept, enregistré à Néré le premier nivôse suivant par Merveilleux ; que quelques années après le dit mariage le dit Bonnarme et sa femme étant sortis de la maison de leur père et beaupère en retireraient les portions auxquelles ils étaient associés à sa communauté, que par le contrat de mariage du dit Josaph Sirat avec la dite Marianne Babin, reçu nous dit notaire le vingt trois pluviôse an treize enregistré le premier ventôse suivant, il y eut stipulation de communauté mobilière entre le dit Sirat père et le dit Sirat futur et la dite Babin, que cette communauté a existé de cette manière jusqu’à ce jour. En telle sorte que par le moyen de la donation du père commun, cy dessus établie, le dit Joseph Sirat et son épouse s’y trouvent fondés outre les deux tiers à eux afférants en icelle de la moitié du tiers de leur père et beaupère donateur, et l’autre moitié du dit tiers à la dite Marie Claire Sirat ; les droits mobiliers de chacun étant ainsi réglés, le dit Bonnarme son épouse, Joseph Sirat et la sienne sont ensemble convenus du marché qui suit : savoir, qu’icelui dit Bonnarme et sa femme font par ces présentes cession et transport au dit Joseph Sirat et son épouse acceptant du sixième leur revenant en le dit mobilier, compris en la donation du dit Sirat père, hors et réservé toutefois leur sixième partie en quinze mauvais futs de barriques et deux cuves de charroix aussi mauvaises, cette cession faite pour quatre vingt quatre Francs numéraire effectif, que le dit Sirat et son épouse ne seront tenus payer au dit Bonnarme et son épouse que six mois après la mort du dit Jean Sirat père en espèces de numéraire et non autrement, moyennant quoi aussitôt le dit décès arrivé le dit Joseph Sirat et sa femme s’empareront de plein droit de tous les meubles et effets du dit Sirat père et en disposeront à leur volonté, à toujours sous la réserve, comme dit est, du dit sixième de barriques et cuves qui ne sont point comprises en la dite cession.
[Suit une conclusion “ Tout ce que dessus est l’intention des parties... ” dont il manque la fin.]

Si vous avez eu le courage de lire jusqu’ici, posons-nous ensemble quelques questions. Est-ce seulement la complexité fleurie du langage notarié de l’époque qui nous le rend si peu accessible, au point sans doute qu’on a du mal à imaginer que cela fasse vraiment contrat en bonne et due forme ? Qu’est-ce qui fait, dans la langue, que ceux de l’époque s’y retrouvaient ? Ou faut-il admettre que, déjà, il leur fallait des sortes de traductions ? Si la description des lots est lisible, que dire des affirmations autour des “ communautés ” ? Et, au-delà, à quelles différences dans le rapport au monde renvoie cette langue, avec notre temps à nous ? Qu’a-t-on gagné, qu’a-t-on perdu ?

1 Quereux : sorte de place nue ou de cour non fermée, jouxtant les bâtiments.

2 Houche ou ouche : parcelle de terre de bonne qualité souvent cultivée en potager.

3 Feu : couple en ménage, avec enfants éventuels.

4 Rège : désigne une rangée de vigne palissée.

5 Renfermis : petit enclos.

 

Écriture et transcription mars 2023

La donation objet de cet article et du suivant est formalisée chez le notaire Cristin, le 18 mars 1812. Jean Sirat, cultivateur à Lépinoux, fait cette donation à ses deux enfants Joseph, marié à Marianne Babin, et Marie, mariée à Jean Bonnarme.

Il manque une feuille à cet acte et donc le début et la fin, mais le détail de la donation m’a semblé suffisamment révélateur pour que je le transcrive. Sur l’état civil, j’ai retrouvé la trace de la naissance de Joseph Sirat le 21 novembre 1778 à Lépinoux, et de celle de Marie Sirat le 11 octobre 1780 à Lépinoux.

[début manquant]
Plus se réserve aussi le dit Sirat père, la récolte à faire la présente année dans ses terres à bled ainsi que celle de ses jardins, quant aux vignes les donataires entreront en jouissance dès à présent pour y faire les façons d’usage et en recueillir les fruits à la Saint Michel prochaine.
La présente démission ou donation de biens est ainsi faite à la charge par les donataires de payer les contributions auxquels les dits biens seront sujets, à commencer par celles de l’an mille huit cent treize, et ce sans diminution de la pension viagère cy après établie.

Donation extrait acte

En outre moyennant quatre hectolitres neuf décalitres (ou quatorze boisseaux à la cy devant mesure d’Aulnay) de bled froment, bon, pur, net et recevable, trois cent fagots bois franc, deux cuvées de charroix vendange meslée, quinze kilogrammes (ou trente livres ancien poids) de lard ou cochon frais et vingt quatre francs en argent ; le tout payable par chaque année rendu au domicile du dit Jean Sirat donateur sans frais ; et ce par moitié entre les donataires franc, quit. et exempt de toutes espèces de retenue pour contributions, au terme de Saint Michel de chaque année à commencer le premier payement, pour le vin seulement, c’est-à-dire la vendange, à la Saint Michel prochaine, attendu que le donateur, comme il est observé, s’est réservé les autres récoltes de cette année, pour le second payement pour la pension entière à la St-Michel mille huit cent treize, rendu ainsi qu’il est dit sans frais et exempt de toute retenue pour ainsi continuer d’année en année et de terme en terme, jusqu’au décès du dit Jean Sirat donateur, à l’instant duquel la dite rente ou pension viagère sera éteinte et assoupie au profit des donataires et des leurs… au moyen de quoi s’est le donateur dès à présent et pour toujours démis, dévêtu et désaisi de ses biens meubles et immeubles cy dessus établis ; pour et en faveur des dits Joseph, Marie Sirat et des leurs, auxquels il transmet le tout, à l’effet par eux d’en jouir, faire et disposer dès ce jourd’hui et pour toujours comme de leurs autres biens aux charges de droit avec consentement exprès que les donataires en fassent de suite partage et division avec ceux de leur feue mère s’ils le jugent à propos.

Les mots s’emmêlent, ils se prolongent en ce langage qui pour dire l’exactitude déborde de profusion. Il y a bien sûr de la redondance pour affirmer la règle ou la qualité des éléments (“ le bled froment, bon, pur, net et recevable ”), mais cela fait une danse des mots singulière qui ne s’arrête pas. Et cette musique enveloppe le réel et la complexité des échanges, elle laisse place comme à une dimension cachée. Notons aussi qu’en ce début du XIXe siècle, on se réfère encore à une mesure locale, celle d’Aulnay pour les boisseaux de blé.

Le dit Jean Sirat donateur qui a besoin de gouvernement se réserve de résider dans la suite avec lequel de ses enfants il jugera à propos pour en recevoir au dit cas, le dit enfant sera tenu de le recevoir lui porter déférence et respect, moyennant sa pension cy dessus fixée, qui sera censée s’y consommer en entier, il sera tenu de le nourrir suivant son état, soigner et gouverner, coucher, blanchir, éclairer pendant le temps qui lui conviendra, sans qu’il puisse se faire de répétition contre son co-donataire, pas plus que celui-ci pour à restitution de pension sous aucun prétexte, un objet de condition expresse se compensant avec l’autre ; les travaux dans le cas où le donateur pourrait en faire quelques-uns, ne pourront non plus être pris en considération d’autant que s’il en fait, ce sera pour son plaisir et non par obligation.
Voulant les dits Joseph Sirat, la dite Babin son épouse, Jean Bonnarme et la sienne venir à partage et division des biens immeubles tant de la succession anticipée du dit Jean Sirat que de celle échue de la dite Favreau, et des requêtes par eux faites, et en ont fait deux lots les plus égaux possibles et ont sur iceux fait des billets qu’ils ont tiré au sort par l’événement duquel il est échu, demeuré, sera et appartiendra en propriété au dit Joseph Sirat le premier des dits lots consistant icelui dans les biens et domaines qui suivent.
Savoir la chambre ancienne et demeure du dit Sirat avec ses quereux1 au devant et à l’alignement située au dit Lépinou confrontant au levant à la terre du dit Bonnarme de son chef, et aux Sirat, du midi au pré de Jean Chapacou, du couchant au second lot, et par le derrière au chaix d’acquisition du dit Sirat Joseph, la muraille de refend commencée sera finie de monter à frais commun… Plus la moitié d’une houche2 située au lieu appelé Libreson à prendre…
Confrontant de la dite part à d’autre côté à l’autre lot… Plus cinq gerbes3 de vigne située au Pré Patin, confrontant du levant à Jean Papilleau, du couchant à l’autre lot et du midi à Jean Papilleau… Plus une gerbe et demie de vigne au lieu appelé le Petit Plantis au dit mas du Pré Patin, confrontant du couchant au chemin qui conduit à Loiré et du midi à Jean Papilleau et du septentrion à l’autre lot… Plus quinze rangs de vigne situés à La Broussille, tenant du levant à Charles Micheau, du couchant à l’autre lot et du nord au chemin de St-Jean… Plus sept sillons de vigne situés aux Grandes Versainnes tenant du levant à Mathieu Sirat, du couchant à Jean Sirat et du nord au dit chemin de Saint Jean… Plus huit sillons de terre situés au mas sur le Grand Pré tenant du côté du midi à Jean Bonnarme et du septentrion à Pierre Papilleau… Plus dix sillons de terre situés au mas de Libresson confrontant du levant à Jean Bérard du chef de sa femme, et du couchant à la Ve Pierre Micheau.
Plus sept sillons de terre situés au Buisson vénimeux confrontant du septentrion à Pierre Rillaud et du midi à Pierre Papilleau… Plus vingt sillons de terre situés à L’Hormeau à mehot confrontant du levant au chemin tendant de Lépinou à Virollet et du couchant à autres terres du dit Joseph Sirat, du bout du midi au chemin du Chiron aux Bouchauds… Plus une pointe de terre située au mas des Grands Champs confrontant du midi à la veuve Louis Pineau et d’autre côté du nord à Charpentier de Bagnizeau… Plus la moitié en trente huit sillons de terre situés au mas de Bellair à prendre du côté du levant, tenant du dit côté aux héritiers Jean Sirat, et du couchant à l’autre lot, des deux bouts aux terres de la Fontaine… Plus les pièces du domaine acquises depuis peu par le dit Joseph Sirat et son épouse sans autre exception qu’une pièce de pré qu’ils avaient acquis du dit Bonnarme qui sera cy après comprise, en son lot, les dits biens acquis tels qu’ils se comportent maintenant et sans autres désignations de quoi le dit Joseph Sirat et son épouse se contentent.

Quand il s’agit de décrire le contenu d’un lot et donc des parcelles, l’écrit se réfère d’abord à un lieu (Le Petit Plantis, La Broussille…) qu’aujourd’hui on peut encore lire, en partie, sur le premier cadastre de 1835, mais qui ne sont plus très connus. Et puis viennent les mentions des propriétaires entourant la parcelle, avec parfois ce qui nous semble des ambiguïtés, mais que la connaissance fine de la terre par la communauté de vie lève assurément.

Dans le prochain article, la description du lot 2 et la suite de la donation...

1 Quereux : sorte de place nue ou de cour non fermée, jouxtant les bâtiments.

2 Houche ou ouche : parcelle de terre de bonne qualité souvent cultivée en potager.

3 Gerbe de vigne : ancienne mesure locale. La gerbe de vigne est composée de 500 ceps plantés de 3 pieds en 3 pieds.

Écriture et transcription mars 2023

Il s’agit du contrat de mariage entre Joseph Sirat et Marianne Babin, en date du 12 février 1805.

Cet article du blog, d’une teneur un peu spéciale, commente la transcription1 (en italiques) de cet acte notarié que les anciens propriétaires de notre maison nous ont donné, parmi un ensemble d’anciens papiers. Signe de mémoire, signe d’un langage qui nous échappe un peu aujourd’hui, signe en pointillés de la présence d’un monde… Les registres paroissiaux nous apprennent que Joseph Sirat est né le 21 novembre 1778 à Lépinoux, et Marianne Babin le 12 juillet 1779 à Saint-Mandé, à quelques kilomètres.

Napoléon par la grâce de Dieu et les constitutions de la république Empereur des français à tous présents et à venir salut, faisons savoir que

Par devant Joseph Cristin notaire public résidant à Néré canton d’aulnay, arrondissement de Saint Jean d’Angély, département de la Charente Inférieure, soussigné, et les témoins cy après nommés, furent présents Joseph Sirat cultivateur fils majeur de vivant Jean Sirat dit [Effacé] et de défunte Marie Favreau, ses père et mère, de son dit père ici présent duement autorisé à l’effet des présentes, demeurant ensemble au Lieu de L’Epinou, commune de Néré d’une part,
Et Marianne Babin aussi fille majeure et légitime de vivant Louis Babin cultivateur et Jeanne Papilleau ses père et mère, d’eux ici présents aussi, suffisamment autorisés à l’exécution des dites présentes, demeurant aussi ensemble au chef Lieu de la commune de Saint Mandé d’autre part,
Lesquels dits Joseph Sirat et Marianne Babin pour les dites autorités s’étant cy devant promis en mariage et observé les formalités prescrites par les nouvelles Lois de la République, ont ce jourd’huy passé à la célébration d’icelui devant monsieur le maire officier public de la dite commune de Saint Mandé. En faveur et considération duquel mariage qui autrement ne se serait fait ni accompli a été fait les accords et conventions de mariage qui suivent

Contrat mariage Sirat Babin 1805

Savoir que le dit Jean Sirat Père du nouvel époux lui constitue en dot de mariage tant de son chef que de celui de la dite feue Favreau son épouse, en avancement d’hoirie2 et en attendant sa succession future, et pour tenir lieu a lui dit nouvel époux des droits successifs de sa dite feue mère, la moitié des meubles et effets mobiliers composant maintenant sa communauté mobilière, toutefois sous la Réserve cy après établie
En la dite faveur de mariage les dits Louis Babin et Jeanne Papilleau, celle cy autorisée du dit Babin son mari, constitue en dot à mariage à la dite Marianne Babin nouvelle épouse, aussi en avancement d’hoirie et en attendant leurs futures successions, un lit rempli de plume, son traversier aussi rempli de plume, un châlit3 neuf, deux draps de lit toile commune, une nappe même toile, un essuie-mains, trois brebis mères et leurs agneaux et un coffre ferré et fermant à clef. Estimés les dits meubles la somme de cent francs, plus la somme de cent quarante francs numéraire effectif, lesquels meubles et effets les constituant promettent et s’obligent délivrer aux nouveaux époux dès le jour de demain. Cependant quant aux brebis et leur suite, elles s’obligent les faire garder à leurs frais jusqu’au huit vendémiaire prochain, toutefois aux risques, avantages ou perte des nouveaux époux. Quant à la somme en argent iceux constituants s’obligent en payer cinquante francs au cinq nivôse4 prochain, et autres cinquante francs le cinq nivôse de l’an Quinze, et les quarante francs restant à pareil terme du cinq nivôse de l’an Seize, Le tout aux peines de droit et sans intérêts jusqu’aux dits termes, iceux passé encourront aux termes de la loy jusqu’à parfait et final payement.

Première constatation : la dot du marié n’est pas mentionnée en détail (simplement, “ la moitié des meubles et effets mobiliers ”), alors que celle de la mariée l’est. Seconde constatation : celle-ci n’est pas très étoffée en meubles, même si les les trois brebis donnent sans doute de la valeur. Mais du “ numéraire effectif ” complète l’apport.

Et comme la dite nouvelle épouse promet s’oblige et sera tenue d’aller établir sa demeure future en la maison société et communauté de son nouvel époux et du dit Jean Sirat son père, il est dit convenu et accordé entre les parties que chacune d’elle y sera fondé toute après au et jour du présent mariage expiré et non plutôt, savoir la dite nouvelle épouse pour une tierce partie, le nouvel époux pour une tierce partie et l’autre tierce partie pour le dit Jean Sirat père. Ces trois parts faisant le tout de la dite communauté, en laquelle sera conférée la constitution cy dessus faite à la nouvelle épouse tous droits mobiliers du nouvel époux, et du dit Sirat père droits revenus [??] et travaux de toutes parties aux frais de laquelle communauté mobiliaire seront nourris et entretenus les enfants s’il en naît du présent mariage. Est toutefois réservé par le dit Sirat père son lit garni tel qu’il couche, lequel il prélèvera de clause expresse avant tout partage de la communauté fut contractée
A leur égard les dits nouveaux époux seront aussi après le dit an et jour de leur mariage expiré en commun et par moitié en tous biens meubles et effets mobiliers qu’ils ont des présents, auront, seront et acquéreront pendant et constant leur mariage, et auront à la fin d’icelui ensemble dans leurs acquêts conquêts5 immeubles arrivant dissolution de cette dernière communauté des nouveaux époux, soit par mort ou autrement. Il sera au choix de la nouvelle épouse ou des siens d’icelle accepter ou y renoncer Et en cas de renonciation, elle aura ou auront tout ce qui sera justifié y avoir par elle été porté et conféré soit par quittance ou autrement, le tout franc et quitte de dettes quoi quelle s’y serait obligée pour la garantie desquels droits les biens présents et à venir du nouvel époux demeurent de ce jour obligés et hypothéqués.
Pour leurs autres droits, les nouveaux époux s’en rapportent aux nouvelles lois de la république

Il est un peu difficile de s’y retrouver dans le langage notarié de l’époque, mais le contrat situe bien les obligations des uns et des autres, et tentent de prévoir ce qui peut advenir (les enfants par exemple). Ensuite, la fin de l’acte ci-dessous fait une référence détaillée à tous les témoins et autres membres de la famille présents. À noter que seuls une partie des hommes ont signé le document, et aucune femme.

Ces présentes faites de l’avis conseil autorité et consentement, savoir de la part du nouvel époux, outre son dit père, de Jean Bonnarme et Marie Sirat ses beau frère et sœur, de Louis Favreau son oncle du côté maternel, de Jacques Louvrier son oncle par alliance du dit côté maternel, de Mathieu et Joseph Sirat cousins germains du côté paternel, Jacques Louvrier cousin germain du côté maternel, Jean Sirat issu de germains.
Et de la part de la dite nouvelle épouse outre ses dits père et mère, de Pierre François, Louis Magdelaine et Françoise Babin ses frère et sœur, Marie Risteau sa belle sœur, Jeanine Gauvin, femme de François Babin aussi belle sœur, Jean Papilleau fils d’Henry aussi son beau frère, Jean Bellin, Pierre Papilleau, Pierre Billérêt, Magdelaine Billéret cousins germains du côté maternel, de Marie Vergnon au même degré du côté paternel et autres parents et ainsi pour ce assemblés. Tout ce que dessus les parties l’ont ainsi fait, voulu, consenti.
Stipulé et accepté et à l’entretien et parfaite exécution obligent et hypothèquent tout et chacun leurs biens présents et futurs Dont de leur consentement nous dit notaire de Néré avons jugés et condamnés. Fait et passé au dit lieu de St Mandé, maison et demeure du dit Louis Babin, ce jour d’huy vingt trois Pluviôse an treize6 en présence de Sieur Louis Rigoudeau notaire public et de Jean Gravouil maréchal demeurant le premier à Fontaine le second à Néré témoins connus et requis qui après lecture ont signé avec nous dit notaire ainsi que ceux des parties et parents qui le savent, les autres ayant déclaré ne le savoir faire
Ce enquis et interpellés suivant la loy.
Ainsi signé à la minute Joseph Sirat, Jean Belin, P. Billérêt J Sirat, Pierre Babin, P. Papillaud, Rigoudeau, Gravouil et Cristin notaire
Enregistré à Néré le Premier Ventôse an treize7 Fo 26 N° case 4 Reçu trois francs pour le mariage, un franc cinquante centimes pour la dot, trois francs pour la communauté Plus soixante quinze centimes pour le décime signé augier
Mandons et ordonnons à tous de mettre les présentes à exécution, a tous commandants et officiers de la force publique de prêter main forte lorsqu’ils en seront légalement requis et aux Procureurs Impériaux d’y tenir la main En foi de quoi la présente Grosse8 a été scellée et signée par le dit notaire
Cristin notaire

1 Pour la transcription, nous avons aéré le texte, ajouté quelques signes de ponctuation, mais respecté la formulation.

2 Hoirie : héritage.

3 Châlit : bois de lit (Littré).

4 26 décembre 1805

5 Conquêt : ce qu’on acquiert par son travail, qui ne vient pas de succession (Littré).

6 12 février 1805

7 20 février 1805

Écriture et transcription mars 2023

Ce qu’on récolte de l’enfance,
ces instants qui protègent toute une vie,

et qui viennent ensuite, vague après vague
comme pour dire dans le soleil à peine fané,
“ Regarde ce qui fut toi ”,
cette image un peu faussée
malgré toi, malgré tout
ce peu de lumière dans la mémoire,
qui revient en morceaux,
le visage de mon grand-père regardant son jardin,
ma mère rangeant son linge,
les jeunes filles de l’autre côté de la rue,
et les autres scènes si nombreuses
et perdues à jamais dans les mots égarés.

Ce n’est pas soi qu’on cherche
dans les pépites de l’enfance qui brillent encore,
ce n’est pas non plus le monde
mais peut-être entre l’amour et la blessure
ce qui nous a constitué à notre insu
à la manière de la multitude des pierres qui font un mur
sans que le mur le sache vraiment.

L’âge est venu, le corps lentement s’amenuise,
il sait qu’il va finir
il sait tout le bonheur des jours,
à même les jardins,
à même les mots simples,
l’âge est venu, on se retourne à peine,
on ne voit qu’une trace précaire,
à peine des pointillés sur le monde,
toutes les alluvions de l’amour, des visages,
ce dont on se nourrit encore
et sans qu’on sache, même après tout ce temps,
ce que c’est le vivant.

Écriture 01/07/23

La saison revenue des oiseaux
comme un bienfait sur le monde

la huppe, le coucou, les merles, bientôt le rossignol
toutes les musiques et la poussée des sèves,
des fleurs au verger
et des légumes sur la terre
tout ce qui fait la ténacité des vies perpétuées
offertes au soleil,
et leur fragilité, les évidences qu’on voit des saisons
mais de les vivre à même la terre
dans la trame du village
change tout du bonheur ou du malheur de ce monde
ici tout à portée de main.

Et la fragilité nous blesse chaque année plus encore
quand gagnent les jours de sécheresse
et que se défont trop tôt les chants des oiseaux.

Parce que le temps nous est compté,
le nôtre et peut-être celui de l’humain,
nous aimons d’autant plus cette saison qui revient
comme si tout était nouveau,
et la mémoire des violences à la terre et à l’homme
se serait en allée,
comme si tout redevenait possible,
du moins le croit-on, juste un instant
quand le chant et le vol de la huppe se conjuguent devant nous,
par vagues,
dans une sorte de grâce indicible.

Quand les jours s’allongent en mai,
le troubadour chantait son amour au loin,
au XIIe siècle, l’amour dit-on s’inventait sur le monde,
ou du moins sa parole
à côté des guerres continuelles.

Qu’inventer aujourd’hui,
d’un amour plus commun, plus étendu,
qui donnerait à la saison nouvelle
un sursaut continu d’humanité ?
Qu’inventer au sein de nos pouvoirs
de nos techniques, de nos actes et regards,
qui jugulerait l’absurdité de la mort ?

Écriture 18/04/23

Les étoiles dans la mémoire
qu’on risque de perdre à jamais,

ma mère qui étend le linge dans le soleil
mon père qui prépare dans l’atelier ses peintures
avec du Blanc d’Espagne,
tous les scintillements de l’enfance
en friche, en soi,
que la pensée tente de garder.

On n’a pas prise sur la mémoire
ni ses enchantements ni les béances,
la vie qui revient
ce n’est toujours qu’en pointillés
en instants clairsemés.

On sait bien qu’on marche vers l’absence,
que les étoiles vont se dissoudre un jour,
on voudrait tant que la mémoire
et toutes ces vies amassées en chaque corps
servent de chemins multiples, rayonnants,
à ceux qui passent après,
qui brodent à leur manière la vie avec un peu de soi.

Les instants passent toujours, on retient d’eux
la découverte des fleurs aux bords des promenades,
le passage à travers un village
qu’on n’a pas vu depuis longtemps,
le bonheur d’être ensemble
qui monte en vous soudain,
sans qu’on le prévoie, sans qu’on l’explique,
simplement les pas conjugués,
le vieux chemin retrouvé après un long détour
et la frondaison de ses arbres.

Tous les instants sont des étoiles,
la vie ne les garde pas tous en elle
on ne sait pas bien ce qui choisit,
ce qui fait durer l’instant ou l’étoile
comme pour l’éternité.

Écriture 9/05/23