Nous sortons. Soleil blanc brûlant. Devant nous, une très longue allée dallée avec au milieu des rosiers. Nous y marchons. Au loin, des villages que j'imagine dans la profusion des fruits et des légumes de cette terre riche. Plus loin encore, sans doute perdu dans la brume, l'Araxe fleuve frontière. Nous marchons très lentement dans ce dépouillement extrême, dalles de béton et rosiers nains. De chaque côté, quelques buissons.

Bientôt, nous sommes au mur de la victoire, demi-cercle de plus de cinquante mètres de longueur orné de bas-reliefs. Quelques Arméniens sont là qui comme nous goûtent son ombre. L'esplanade est nue, triste, les sculptures sur le grand mur semblent de trop, peut-être que célébrer la gloire du vainqueur est ici hors de propos, on aimerait garder en soi le chant unique du dépouillement, une rumeur entre la mémoire, la mort et ce qui lui résiste, ce qui fait écho de la grandeur humaine et non ce qui fait victoire. Plus loin, on s'arrête sous l'ombre légère d'une touffe de tamaris. Devant, la brume blanche des lointains dans la chaleur.

Il est tard. Nous aimerions manger à l'ombre, et boire si possible.

"On va rouler, dit Sona

- Mais on s'arrête avant Edjmiadzin? Même dans un café, on pourrait boire frais."

Échanges avec Achot: "On va essayer."

La route inverse sous la chaleur intense, Armavir à nouveau, puis les vergers et leur ombre - il y ferait bon pour le repas. On le dit, mais Achot roule. Achot roule, le temps passe. Voici bientôt l'entrée d'Edjmiadzin, il y a des cafés, puis un jardin public avec des arbres et des bancs. On dit: "Là, là !...", mais Achot roule, tourne dans la ville, finit par entrer difficilement dans un parking déjà bien rempli, cars à touristes, voitures...

"Il n'y a qu'à manger là.

- Mais ce n'est pas possible ! On va retourner au jardin." La tension monte.

- "Ce n'est pas permis" dit Sona, gênée.

Nous restons là, en quête d'un coin d'ombre, sans tous pouvoir nous asseoir, à l'abri des pots d'échappement, que les chauffeurs attendant leurs touristes rendent actifs à qui mieux mieux. Nous mangeons vite.