C'est la grande route du sud à nouveau. Longue montée vers la province de Siounie, à travers les montagnes du Zanguézour. Seule voie de circulation vers l'Iran, la route est fréquentée par des poids lourds, dégradée, réparée constamment durant des kilomètres par des équipes qui formatent les trous, puis les comblent, puis les couvrent de bitume.

La pente est raide, les détours larges au fur et à mesure qu'on s'élève. Dans les prairies, des étendues de fleurs violettes et jaunes. On côtoie des champs de blé barbu, cultivé haut. Des hommes, de temps en temps, seuls sur leur cheval ou leur âne, certains proches du regard, d'autres minuscules points lentement mobiles sur ces terres sans fin. Des bergers assis sur des tas de pierres, au milieu de petits troupeaux de moutons noirs. Ils lèvent la tête au passage des voitures, l'air hésitant, entre le bonheur d'être seuls et le salut à ceux qui passent. Au col de Vorotan, à l'entrée en Siounie, le vent siffle aux portes d'un baraquement, il fait dialogue avec le chant lancinant des oiseaux.

Sur notre droite plus loin, dans la brume ensoleillée, le premier réservoir d'eau de la rivière Vorotan brille, calme, au replat d'une cuvette vaste. C'est la même rivière qui, plus au sud, creusera des gorges vertigineuses avant de s'échapper vers le Karabagh. Nous la suivons de loin, avant de descendre vers Sisian, à l'écart de la route.

C'est de Sisian que, demain, nous souhaitons monter voir les pétroglyphes de Oughtasar. On cherche - et trouve - un hôtel ici pour le soir, et "oui, on peut organiser demain matin une montée à Oughtasar", dit la jeune femme qui tient l'hôtel. On réserve, on ne s'attarde pas, on reprend la route.