On a repris la route depuis un temps, quand on s'avise qu'on n'a rien mangé depuis hier soir. Pas de café sur le chemin depuis ce matin et visiblement ni guide ni chauffeur n'ont de réponse immédiate. Pas un fruit à vendre non plus, insensiblement l'environnement s'est fait plus nu, les voitures plus rares. Plus loin - il est maintenant près de midi - une maison basse en retrait de la route, un semblant de parking où s'arrête Achot. Lui et Sona vont voir. Pas d'enseigne. "Mais c'est peut-être un café." Un vieil homme passe en face, calme et digne sur sa carriole que tire un âne. Un temps qui nous semble assez long, puis Sona: "Oui, on peut manger."

 

Rien à l'intérieur qui laisse penser à un restaurant, on entre dans une maison d'habitation, vestibule, salle à manger, le tout très propre, d'une élégance un peu désuète. On décide un vrai déjeuner, vu l'heure. "C'est possible d'avoir du lavaré, un poisson du lac." Nous attendons longtemps la friture délicieuse dans la fraîcheur coquette de la salle, sans trop savoir, dans cette maison privée ouverte à ceux qui passent, si les voix qui s'empressent à côté pour notre repas, vivent la routine ou l'exception.

Nous avons croisé ce matin près du monastère un petit groupe d'Arméniens, mais ce sera la seule rencontre aujourd'hui de voyageurs. Étrange sensation, que cette richesse intense du patrimoine dans laquelle on plonge à loisir, sans contraintes, dans une rencontre particulière, pour soi seul.