Le parcours d'aujourd'hui, proche d'Erevan, est un itinéraire fréquenté. À Garni où nous arrivons, des étals, les tickets à l'entrée, l'aménagement des alentours, rendent à ce lieu du Ier siècle un air contemporain de site patrimonial.

 

 

'...la géométrie, les colonnades alignées...'

 

 

 

 

Nous sommes en 63 de notre ère. Les Arméniens sont à l'interface des deux grandes puissances du moment, les Parthes et les Romains, et au cœur de conflits incessants. On finit par trouver un accord. Tiridate Ier, placé sur le trône d'Arménie par les Parthes, restera roi, mais accepte d'être vassal de Rome. Il y part en grande pompe avec trois mille cavaliers, en l'an 66, pour recevoir des mains de Néron son diadème royal.

L'Arménie devient pour un temps un juste trait d'union entre l'Orient et l'Occident. Néron envoie des architectes et des ouvriers en Arménie, où Tiridate construit sans doute ce temple de Garni, dédié au soleil.

 

Sur le plateau qui domine la vallée encaissée de l'Azat, le temple entièrement restauré fait témoignage de l'histoire. Lieu qu'on parcourt, qu'on situe, dont on admire la géométrie, les colonnades alignées. Mais peut-être parce que ce temple "païen" est le seul, ou parce que son environnement est lisse, moderne, on se sent dans un musée sans surprise. On comprend certes que Rome et la Grèce sont venus jusqu'ici, qu'on est en terrain presque familier, on le comprend, mais cela reste comme une phrase à l'écart d'un livre ouvert sur un autre monde.

 

Il fait très chaud sur la place. Nous complétons nos achats du matin aux étals paysans. Les femmes nous présentent le "tetou lavash", le lavash acide, aussi fin que le pain, mais la pâte est celle de prunes séchées, d'abricots, de pêches... "C'est comme du chewing-gum" dit Sona. Puis la confiture de noix vertes, qu'on fait bouillir paraît-il quarante jours, et puis encore les délicieux soudjouks où s'amalgament des noix et de la pâte sucrée autour d'une ficelle. "C'est comme des bougies à manger."

 

"Dès qu'on trouve un petit coin d'ombre, il faut s'arrêter pour le repas" demande-t-on à Achot. Mais le pique-nique sauvage n'est pas de tradition ici. Quelques kilomètres plus loin, nous voici en surplomb de Geghard, où sous de grands arbres, des femmes proposent des gathas, d'épais gâteaux comme des brioches... Chargés de ressources maintenant, il reste à trouver l'emplacement. "On ne peut pas ici, il faut descendre au monastère, il y a de la place sous les arbres..." D'où nous sommes, nous découvrons les bâtiments, au fond d'une impressionnante gorge rocheuse. La route se termine un peu plus loin, le parking - nous sommes samedi - est encombré de voitures. Pas d'endroit libre sous les arbres, on finit par se nicher sous un peu d'ombre, à l'arrière d'un rang de voitures. À peine peut-on s'asseoir, parmi les débris, les odeurs douteuses, les gens qui passent... Nous regardons Achot à quelques mètres de nous, debout, qui semble ailleurs, nulle part, qui fait ses affaires avec sa compagne.